Swiss Beatles Fan Club

27 novembre 2012


Neurosciences et mémoire : les Beatles au cœur du cerveau


Quand il était adolescent, le spécialiste du cerveau à l’Université de Georgetown, Josef Rauschecker, vivait en Europe et était fan inconditionnel des Beatles. Sa mère lui disait qu’écouter The White Album, Revolver ou Rubber Soul l’empêchait de se concentrer. Pourtant les chansons de ces albums sont restées dans sa mémoire, imprimées pour toujours dans son cerveau d’ado. Des années après, il a réécouté ses disques et s’est rendu compte qu’il connaissait les chansons par cœur : « C’était comme si tout était stocké dans mon cerveau, comme une sorte d’histoire. »

Mais cette mémoire ne fonctionne que s’il écoute l’album : il est incapable de dire à froid quelle chanson vient après Michelle. En vrai, cet exemple est problématique.
Michelle est parue en 1965 sur l'album Rubber Soul. Elle clôture la face A. Dans l'édition britannique, la chanson qui suit est What Goes On. Mais dans l'édition américaine, c'est It's Only Love. Le chercheur a donc l’idée de soumettre des volontaires à de la musique en mesurant leurs réactions cérébrales grâce à un scanner. Or c’est la partie motrice du cerveau, celle qui contrôle les muscles, qui est activée pendant l’écoute de musique, et ce n’est pas ce à quoi il s’attendait.

Brannon Green, un étudiant de Rauschecker, a mené une autre étude, faisant cette fois écouter de la musique atonale à ses volontaires, mais selon un procédé particulier. D’abord, une première séquence du morceau est proposée à l’écoute, puis la première et la deuxième, et ainsi de suite jusqu’au bout du morceau. Conséquence : certaines parties ont été écoutées en boucle, d’autres peu de fois. Et les scanners ont montré que les zones motrices étaient plus actives quand les personnes écoutaient les nouvelles séquences de notes.

« La partie activée du cerveau dans l’expérience est aussi celle qu’on utilise pour apprendre à skier ou à danser », explique Green sur le site web de Science Daily. Pour Rauschecker, la mémorisation d’un morceau s’apparente à un jeu de dominos : les tons sont enchaînés les uns aux autres dans une séquence. « C’est comme pousser le premier domino, ils tombent tous, l’un après l’autre », précise le chercheur. C’est pourquoi un pianiste qui a un trou de mémoire doit repartir d’une séquence précédente pour passer enfin le passage… Et pourquoi on peut chanter le prochain morceau des Beatles quand on écoute un de leurs albums qu'on connaît déjà...
||