Swiss Beatles Fan Club

10 décembre 2012


Alfred et John Lennon


Par Hunter Davies ― En décembre 1966, je commence une biographie des Beatles pour laquelle je rencontre pendant un an et demi les membres de leur famille. Seul Alfred Lennon, dit Fred, le père de John, reste introuvable. Pour m’aider, John m’apprend le peu qu’il sait de lui. Fred a séduit Julia Stanley au ­cinéma où elle est ouvreuse. Ils se sont mariés en 1938 et John est né deux ans plus tard, le 9 octobre 1940. Puis, Fred devient steward sur des paquebots au départ de Liverpool et Julia retourne vivre chez ses parents. Son mari lui envoie parfois un peu d’argent, puis plus rien. Julia et ses sœurs finissent par croire qu’il a déserté ou qu’il a été jeté en prison. Dès lors, elles considèrent qu’il a abandonné femme et enfant. En réalité, Fred est surtout un baroudeur au caractère bien trempé. Julia, quant à elle, va le tromper et met au monde une fille qu’elle donnera à l’adoption.

Fred rend visite à son fils de temps en temps. L’année des 5 ans de John, il a l’autorisation de l’emmener en ­vacances à Blackpool d’où il veut s’enfuir pour la Nouvelle-Zélande. Mais l’arrivée ­imprévue de Julia l’en empêche. L’année suivante, John est placé chez la sœur aînée de Julia, tante Mimi, une femme mariée qui lui assure confort et stabilité. Si Julia continue de voir son fils, Fred ne donne plus de nouvelles pendant des dizaines d’années. John est médiocre en classe, bagarreur, doué pour le dessin, puis passionné de rock and roll. En montant son groupe, il trouve sa voie et devient une idole. Fred, alors commis de cuisine, n’a pas fait le rapprochement avec son fils. Mais en 1964, en pleine Beatlesmania, les gens à l’office ne cessent de l’interroger sur son lien de parenté avec le Lennon des Beatles. Et il finit par comprendre. Songeant aux avantages qu’il pourrait en tirer, il vend pour 200  livres son histoire à un tabloïd. Puis il engage un manager, enregistre un disque, un bide, avant de s’évanouir dans la nature.


En 1967, pour les besoins de ma biographie, je laisse à Liverpool et à Londres quantité de messages qui restent sans réponse. Jusqu’en février 1968 où son frère Charles me contacte : Fred fait maintenant la plonge dans un hôtel de la banlieue de Londres, tout près d’où habitait John ! À 54 ans, il sort avec une fille de 18 ans, Pauline, qui travaille dans le même hôtel que lui. Quand nous nous rencontrons, Fred me raconte qu’il a fait de la prison pendant la guerre, condamné pour avoir volé du whisky alors qu’il était innocent. Il ­regrette de ne pas avoir revu son fils. Il se souvient bien de sa tentative de fuite avortée quand John était petit, de Julia qui pressa son garçon de choisir : soit fuir avec son père en Nouvelle-Zélande, soit repartir à Liverpool avec elle. Fred n’a pas oublié que John l’avait d’abord suivi… avant de courir vers sa mère en la voyant s’éloigner. Plus tard, quand je raconte à John cette entrevue avec son père, il me confie que sans les Beatles il aurait été comme lui : « a rolling stone », sans ­domicile et sans emploi. John se dit prêt à le revoir. Je passe donc le message. Et Fred lui adresse une lettre affectueuse. Charles écrit aussi à son neveu John pour encourager ces retrouvailles.


Le 1er septembre 1967, John répond à son père : « Cher Alf, Fred, papa, père ou autre. C’est la première lettre qui m’arrive de toi que je peux lire sans éprouver un sentiment bizarre, c’est pourquoi je te réponds. » Il lui promet de le voir avant son long voyage en Inde. « Je pense que cela va faire un peu étrange de se rencontrer la première fois, comme les suivantes, mais j’ai bon espoir que ça se passe bien. » Une réunion secrète est organisée. Ils s’entendent si bien que John décide de l’héberger plusieurs semaines avec Pauline, le temps de leur acheter un appartement. Il paie aussi leur mariage et engage Pauline comme secrétaire, elle qui ne sait même pas taper à la machine ! Mais le père et le fils finissent par se disputer. Ils se perdent de vue à nouveau. J’ai conservé précieusement la lettre et la photo de lui que Fred m’envoya pour me remercier de les avoir réunis. Sur ce cliché, Fred a 40 ans, l’âge qu’avait John à sa mort 
(photo du blog : Fred à gauche et John à droite). Leur ressemblance est frappante. En 1976, John parlera une dernière fois à son père mourant. Leur relation aura été étonnante et poignante jusqu’à la fin. ||

En collaboration avec Tony Cartwright, Alfred Lennon a écrit deux chansons : « That's My Life (My Love and My Home) » et « The Next Time You Feel Important ». Le single a paru en décembre 1965.