Swiss Beatles Fan Club

26 février 2013


Rutherford Chang: collectionneur unique
du «White Album » des Beatles

Il est de ceux qui collectionnent des vinyles... et il y a celui qui n'en collectionne qu'un seul, toujours le même : l'album blanc des Beatles. Rutherford Chang, artiste new-yorkais, présente ses 693 albums blancs lors d'exposition, mais ne vend pas sa collection - au contraire. Il est prêt à acheter tout album blanc que les visiteurs lui présenteraient, quel que soit son état. « J'ai acheté mon premier album blanc 1 dollar dans un vide-grenier à Palo Alto quand j'avais 15 ans », raconte-t-il. Il explique sa collection par «une réaction à l'absence d'objet à l'heure de la musique digitale. Chaque vinyle est un objet qui vieillit à travers le temps, ce qui se voit très bien sur les albums blancs». 

Rutherford Chang a 34 ans et vit à New York. Il a auparavant exposé The Class of 2008, qui rassemblait façon trombinoscope toutes les «hedcuts » - des portraits dessinés iconiques - publiées par le Wall Street Journal en une année. Il revient sur sa démarche maniaque autour de l’«Album blanc» des Beatles.

Qu’est-ce que a déclenché cette collection? 
J’avais une copie achetée lorsque j’étais adolescent dans un vide-grenier. Puis, il y a huit ans, j’en ai acheté une deuxième parce qu’elle était très marquée, identique mais unique. Le blanc rend toutes les altérations très visibles, et surtout la numérotation en fait un objet idéal à collectionner.
 

Comment vous procurez-vous les disques? 
J’ai commencé en faisant les vide-greniers, puis sur Internet. Sur eBay aujourd’hui, je suis connu comme «le type qui achète les copies pourries de l’«Album blanc»! Mais le plus intéressant, ce sont les copies qu’on vient me vendre lors des expositions.
 

Chacune a une histoire pour vous? 
Oui, du genre: «J’ai fait l’école buissonnière pour aller l’acheter», «Je l’ai volé parce qu’il était trop cher», «J’ai rayé [les chansons] Sexy Sadie et Happiness Is a Warm Gun pour que mes parents me laissent l’écouter». C’est un disque qui a beaucoup marqué son époque. On a du mal à imaginer à quel point sa sortie a été un événement mondial, et il n’en reste que ces copies mutilées. C’est une façon de relativiser l’importance des objets qu’on nous vend.
 

Mais un disque, surtout un album aussi important dans l’histoire de la pop
que celui-ci, n’est-il pas plus qu’un objet? 
Oui, mais il ne faut pas oublier qu’en 1968, ce n’était qu’un objet de grande consommation. Tout le monde a acheté ce disque, ce n’était pas une rareté. Donc, il n’y avait aucun problème à écrire dessus… Aujourd’hui, personne n’écrirait sur un vinyle! J’ai vu passer des gens horrifiés de voir l’état des copies que j’ai rassemblées.
 

C’est une réaction au retour du vinyle, qui est devenu un objet de collection
que les acheteurs n’écoutent pas forcément? 
En partie, oui. J’essaie de casser la fétichisation du format vinyle en faisant l’exact opposé: je collectionne les copies dont personne ne veut, et en plus je collectionne la pochette la plus ennuyeuse de l’histoire! J’exagère cette culture du vinyle à l’extrême. Mais d’un autre côté, je l’entretiens aussi puisque j’ai pressé ma propre version de l’«Album blanc».
 

Quel a été le processus qui a mené à ce pressage? 
J’ai enregistré les 100 premiers exemplaires que j’ai écoutés lors de la présentation de l’installation à New York. Chacun s’est empilé sur le précédent, avec des différences infimes qui créent un léger décalage progressif. Le vinyle finalement pressé commence comme l’«Album blanc», avec l’avion de Back in the USSR, mais chaque face se transforme peu à peu en mélodie bruitiste. De fait, l’ensemble du disque sonne comme Revolution 9, le morceau fait de collages sonores par John Lennon et Yoko Ono. J’ai toujours trouvé que c’était un geste fou d’inclure un morceau aussi avant-gardiste dans un disque aussi populaire.

Votre collection aura-t-elle une fin? 
Oui, quand je serai en possession des 3 millions et quelques d’exemplaires qui ont été pressés. |  |

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