Swiss Beatles Fan Club

11 février 2014


Les témoins de l'époque racontent la nuit qui a changé l'Amérique

Le 7 février 1964, les Beatles atterrissaient à l’aéroport JFK à New York pour y être accueillis par une foule de fans hystériques entassés à la porte de débarquement dans l’espoir d’entrevoir John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr fouler le sol américain pour la première fois. Deux jours plus tard, le 9 février, 73 millions de téléspectateurs américains et des millions d’autres au Canada regardaient la chaîne CBS pour assister aux débuts des Beatles à la télévision américaine sur le plateau du Ed Sullivan Show. Un événement culturel marquant dans l'histoire des Etats-Unis et qui demeure l’un des moments de télévision les plus vus de tous les temps. La « Beatlemania », qui battait déjà son plein dans le pays d’origine des Beatles, déferlait soudain sur l’Amérique et le reste du monde. L’Invasion britannique (the British Invasion) venait de commencer.

« Un tas de pères ont éteint la télé, mais un tas de mères et d'enfants les ont obligés à rallumer, raconte Paul McCartney dans l'ouvrage ‹ The Beatles - Anthology › (Seuil, 2000). Tous ces gamins sont aujourd'hui des adultes qui nous disent qu'ils s'en souviennent. C'est comme la question rituelle : « Où étiez-vous le jour où Kennedy a été assassiné ? » Je rencontre des gens comme l'acteur Dan Aykroyd qui me disent : « Oh ! mec, si je me souviens de ce dimanche soir! On ne comprenait rien à ce qu'on venait de prendre en pleine gueule - assis là en train de regarder le Ed Sullivan Show. » Jusqu'alors, il avait eu des jongleurs et des comiques du genre Jerry Lewis, et puis, d'un seul coup, les Beatles ! »

Même Elvis n'avait pas provoqué un tel déchaînement

Joel Glazier a 12 ans en février 1964. Il regarde l'émission en famille, à Wilmington, dans le Delaware. Cinquante ans plus tard, il garde un souvenir très précis du groupe : « Leurs cheveux étaient si longs ! Et ils bougeaient quand les musiciens secouaient la tête. Mes cousines, de passage à la maison ce soir-là, étaient fascinées. Dans le public, les filles n'arrêtaient pas de crier. Je n'avais jamais entendu ça. Même Elvis, lors de son apparition chez Ed Sullivan en 1956, n'avait pas provoqué un tel déchaînement. »

Comme quoi le destin d'une nation se joue parfois à un cheveu. Paul McCartney en a bien conscience : « On arrivait de nulle part avec nos drôles de cheveux, on ressemblait à des sortes de marionnettes, rappelle-t-il dans
Anthology. Ça a énormément joué. Je pense que c'est vraiment une des choses qui nous ont lancés - la coiffure plus que la musique. »

Les Beatles et leurs tifs ne plaisent pas à tout le monde. Le critique du Washington Post les compare à des « péquenauds d'importation qui ressemblent à des chiens de berger et sonnent comme des chats de gouttières agonisants ». Il faut dire que leurs franges, leurs larges sourires, leur innocence exubérante et leur sens de la repartie offrent un contraste saisissant avec une société américaine conventionnelle. Les Fab Four apparaissent comme des animaux de foire, des extraterrestres.

Les lads de Liverpool ont l'air de punks avant l'heure

Pour le photographe Bob Gruen, ami de John Lennon pendant sa période new-yorkaise, « les Beatles étaient aussi différents des groupes de l'époque que les Sex Pistols le seront douze ans plus tard ». En 1964, les lads de Liverpool ont l'air de punks avant l'heure, face à des crooners bien peignés comme Frankie Avalon ou Bobby Vinton. John, Paul, George et Ringo incarnent le choc des cultures et des générations. Les baby-boomeurs de 17 ans, la classe d'âge la plus représentée en Amérique au début des années 1960, ont choisi leur camp. Le lendemain de l'émission, Joel Glazier et ses copains décident de se laisser pousser les cheveux et de prendre des cours de guitare. Les filles portent des minijupes pour ressembler aux Anglaises.

« Quand nous sommes arrivés, vous portiez tous des bermudas et aviez les cheveux en brosse », se moquera plus tard John Lennon. Une digue vient de céder. ‹ The Times They Are a-Changin ›, chante Bob Dylan en ce début d'année 1964. Lui aussi évolue. Influencé par les Beatles, il s'empare d'une guitare électrique. Les années 1960 peuvent commencer.
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