Swiss Beatles Fan Club

18 septembre 2014


La tournée mondiale de The Goastt 
passe actuellement par la France
 
Fils de John Lennon et de Yoko Ono, Sean navigue depuis déjà plusieurs années dans le milieu de la musique au fil des collaborations et des projets. Mais c'est avec The Goastt qui le réunit à sa compagne Charlotte Kemp Muhl depuis 2006, qu'il est en tournée mondiale pour la promotion d'un deuxième album, Midnight Sun, sorti en avril dernier. Le groupe est actuellement à l'affiche d'une série de concerts en France. Vous pourrez assister à la performance du tandem entouré de musiciens d'accompagnement, dans les villes de Bordeaux (Rock School Barbey - 18/09), Clermont-Ferrand (La Coopérative de Mai - 19/09) et Angers (Festival Levitation France - 20/09). Nous reproduisons ci-dessous, l'intégralité de l'interview de Sean Lennon réalisée par Stéphane Jonathan et parue, le 15 septembre, sur le blog du journal Sud Ouest. |  |

Comment le projet The Goastt a-t-il démarré?
C'était quand j'étais en tournée avec mon album solo Friendly Fire, en 2006. Pendant cette tournée, j’ai fait la rencontre de Charlotte dans les coulisses d'un concert (au festival Coachella, en Californie, NDLR). On a commencé à communiquer beaucoup, sans pouvoir beaucoup nous voir parce que nous étions très occupés. Elle travaillait beaucoup et moi j'étais constamment en tournée. J’ai pensé que monter un groupe ensemble, c’était le plus sûr moyen de pouvoir passer du temps ensemble et d’avoir une vraie relation. On a commencé à écrire et composé ensemble
 ; et j’ai trouvé ça génial. Je n’avais jamais eu de « partenaire d’écriture » avant ça. J’ai trouvé qu’elle avait un talent dingue, et c’était vraiment stimulant. Même si au départ, ce projet était un peu une blague, pour s’amuser : Rien que ce nom de groupe interminable…

Justement, quelle est l’histoire derrière ce nom, «
 The Ghost of the Saber Tooth Tiger » ?
On venait de finir de bosser sur une chanson, dans son appartement. Charlotte était en train de prendre un bain, et moi, je lisais des notes  qu’elle avait prises ici et là et qu’elle avait sortis. Et là, je suis tombé sur un texte qu’elle avait écrit à l’âge de 7 ans. Une sorte de petite prière, qu’elle avait écrite à l’école et qui s’intitulait «
 Le fantôme du tigre à dents de sabre ». J’ai trouvé ce titre génial. C’est à la fois surréaliste et un peu enfantin. Ça pourrait être le titre d’un tableau de Salvador Dali ou quelque chose comme ça, you know what I mean ? J’étais emballé. Elle moins : « c’est juste un truc de quand j’étais gosse » se défendait-elle. Mais j’ai insisté, parce que je trouvais que c’était un super nom de groupe. Mais bon, on n’imaginait pas qu’on allait faire des tournées internationales et se coltiner ce nom à rallonge !

Dans le court-métrage qui accompagne le single «
 Moth to a Flame »,

vous jouez la comédie dans un personnage à la Buster Keaton…
Ce court-métrage se déroule après une catastrophe nucléaire. Je joue le personnage d’un banquier de la City, survivant perdu dans le monde sauvage post-apocalypse, et qui rencontre une tribu de femmes sauvages… On s’est beaucoup amusés pendant le tournage. C’était une équipe minuscule. On était quatre, en gros
 : Charlotte et moi, notre ami Daniel et un caméraman. On a fait venir cinq filles pour la figuration et c’était plié. C’était une production vraiment artisanale. Beaucoup plus que le clip pour Animals, qui a été tourné par un réalisateur professionnel. Mais on voulait faire ce tournage nous même, dans ma maison de campagne.

Y a-t-il des images pendant les concerts
 ?
Parfois. On a filmé des trucs spécialement pour ça à Los Angeles, avec le type qui a réalisé le clip de Animals. Mais le truc, c’est qu’on est en tournée avec un van minuscule et on n’a pas pu emporter tout le matériel. Il n’y a plus un centimètre cube de libre dans notre petit camion. Si un d’entre nous s’achetait un nouveau T-shirt et l’ajoutait à ses bagages, le van pourrait s’écrouler
 ! (rires). On n’a donc pas pris le matos de projection. On a les images avec nous, mais si le club où l’on joue n’est pas équipé d’un projecteur, on ne peut pas les monter. Ça dépend des soirs.

Vous et Charlotte écoutez-vous beaucoup de musique
 ?
Oui, tout le temps. Moi, je fonctionne par phases. En ce moment, j’écoute surtout des musiques du monde. Des musiques d’Algérie, d’Ethiopie, du Maroc, ce genre de choses
 ; J’adore ça.

Est-il vrai que Charlotte n’avait jamais entendu «
 Strawberry Fields Forever »

avant que vous vous rencontriez ?
Oui
 ! Le truc, c’est qu’elle était très jeune quand je l’ai connue (elle avait alors 19 ans). Et elle vient d’une famille très stricte : son père était officier au Pentagone, un type très sérieux. Toute sa famille est dans l’armée ; franchement pas le genre à écouter les Beatles ! (rires). Chez eux, on n’écoute rien d’autre que de la musique classique. Quand je l’ai connue, elle ne prenait pas vraiment le rock au sérieux. Elle considérait, sans doute à raison et comme Serge Gainsbourg, que le rock était un art mineur à côté de la musique classique, art majeur. Je ne crois pas qu’elle voit toujours les choses ainsi aujourd’hui. Elle est devenue une vraie passionnée de rock'n'roll.

Vous avez produit beaucoup de musique depuis,

mais votre dernier album personnel date de 2006, c'est-à-dire 8 ans ! Pourquoi ça ?
Ce n’est pas tout à fait exact. On a sorti, de façon assez confidentiel, deux albums de The Goastt avant celui-ci. J’ai aussi fait deux albums avec ma mère, plusieurs bandes originales de films… Tu veux parler de disque solo ?

Oui, c’est ça.
Ben… juste parce que je n’ai pas voulu ! C’est beaucoup plus amusant de faire partie d’un groupe. Ça me permet de faire des chansons avec tout ce qui me passe par la tête. C’est beaucoup plus drôle d’être membre d’un groupe, de porter des chansons ensemble.

C’est un fardeau de se présenter au public avec un nom aussi illustre que le vôtre
 ?
Le fait d’être dans un groupe ne règle rien par rapport à ça, tu sais. Non, je parle de l’ouverture que cela m’apporte en termes de créations. Pour un groupe, tu peux écrire sur tout ce que tu veux, entrer dans des personnages de composition. Quand tu es artiste solo, les gens s’attendent à ce que tu n’écrives que sur ce que tu ressens sur un plan personnel. You know what I mean ? Et ça, ça ne m’intéresse pas en ce moment, de raconter mes états d’âme. Je me sens beaucoup plus libre quand je travaille en collaboration avec d’autres. J’aime écrire avec Charlotte, produire une musique qui relève davantage de la fantaisie, du merveilleux… Si je devais assumer ces chansons surréalistes sous le seul nom de Sean Lennon, il faudrait que je m’invente un alter-ego, comme le Ziggy de David Bowie. Et je n’ai pas forcément envie de me déguiser en Sean Stardust… (rires). You know what I mean ? Si je me présente comme Sean Lennon, le gens vont chercher à décortiquer mes textes pour percer mes sentiments. J’ai des chansons dans cette veine, des trucs très personnels sur mes émotions. Mais ça ne m’amuserait pas de présenter ça en ce moment. J’écris et compose très vite. Si demain j’avais un jour «off», je pourrais pondre un album solo tout entier. Mais il y a au fond de moi, quelque chose qui m’interdit de le faire. You know what I mean ?

Avez-vous d’autres projets artistiques avec votre mère ? 

J’en ai fait beaucoup au cours de ces dernières années. Je me suis tellement impliqué dans le Plastic Ono Band que ça a failli m’empêcher d’amener à son terme le projet The Goastt. Ces derniers temps, j’avais en permanence trois ou quatre projets sur le feu simultanément. Ça m'a un peu compliqué la vie ; et je crois qu’il est important de se concentrer sur une chose à la fois pour faire du bon boulot, you know what I mean ? Bizarrement, j’ai mis longtemps à comprendre cela. Alors, en ce moment, je n’ai qu’une priorité, c’est ce groupe. Quand j’ai sorti Friendly Fire, je jouais dans plusieurs groupes à la fois, je m’éparpillais un peu. Là, je ne m’engagerai dans rien d’autre. Pas avant que le projet The Goastt ait été suffisamment abouti pour que je puisse le mettre de côté et passer à autre chose.
 

Vous avez monté votre propre maison de disques,
ce qui doit vous donner beaucoup de liberté…
Oui, exactement. C’est une chance.
Ça me permet aussi d’être plus prolifique. De publier les disques dont j’ai envie. Parce que… je n’arrivais pas à me conformer aux attentes des grosses maisons de disques. Dès que j’ai eu mon propre label, j’ai pu sortir des disques en petites quantités, à l’adresse de mes fans et des spectateurs de mes concerts. Des enregistrements qui reflètent vraiment et en pratiquement en temps réel ce que je suis et comment je me sens, à un moment donné. C’est ainsi que je peux me livrer avec le plus de sincérité, en étant vraiment moi, pas celui qu’attend le directeur artistique d’une Major Company.

Si votre père pouvait être au téléphone avec vous,

là maintenant, à ma place, que pensez-vous qu’il vous dirait ? 
C’est une bonne question ! Mais vraiment, je n’en ai pas la moindre idée ! Comment pourrais-je l’imaginer ? En revanche, je sais ce que, moi, je lui dirai. Ça dépendrait combien de temps on pourrait rester en ligne, mais… En premier, je lui dirai « Mais où es-tu passé, bordel ? Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus. Dis-moi où tu crèches ; j’aimerais bien venir te rendre visite ».

Midnight Sun