Swiss Beatles Fan Club

6 février 2015


Les quatre étés des Beatles : de l'ode à la joie au chant du cygne
 

Chapitre 4

Le 22 août 1969, rendez-vous à Tittenhurst, la propriété où John Lennon vient d'emménager avec Yoko Ono, qui ne le quitte plus – y compris quand les Beatles enregistrent, au grand dam des trois autres. Là, c'est juste une séance photo, l'ambiance est détendue. Ce sera la dernière. La postérité en retiendra l'utilisation pour la pochette de la compilation Hey Jude.

Sur cette image lugubre, aucun des quatre ne cherche à faire bonne figure. Lennon a l'air d'un rabbin contrarié. George Harrison, émacié, barbu, semble sortir d'une secte sataniste. Il est temps que ça se termine. Depuis le temps que le guitariste ronge son frein. Au début c'était commode, de grandir à l'ombre de John et Paul. Puis des ailes ont poussé au « petit George », mais sa place restait un strapontin. Deux chansons par-ci, par-là. Après le tout dernier concert à San Francisco, le 29 août 1966, il souffle : « Ça y est, je ne suis plus un Beatle. » Déjà la tête ailleurs : en Inde, sa terre d'élection musicale (le sitar, auquel l'a initié Ravi Shankar) et spirituelle.

En mai 1968, au moment où Lennon et McCartney lancent Apple, nouveau label géré par le groupe, Harrison est à Rishikesh. Le double album enregistré cet été-là, le fameux « blanc », voit s'exaspérer les tensions. John et Paul s'engueulent ou s'évitent. Ringo se casse, on le retient. Désormais, c'est chacun pour sa pomme et George en prend son parti. En novembre 1968, il séjourne à Woodstock chez Bob Dylan, s'éclate, écrit avec le maître. Au retour, il acquiesce d'humeur maussade à la nouvelle idée de Paul : enregistrer un album des Beatles en étant filmés d'un bout à l'autre.

Les séances débutent en janvier dans un hangar froid des Twickenham Studios, près de Londres. Les chamailleries reprennent, plombées de lassitude. George craque et rentre chez ses parents. Puis revient en annonçant qu'il arrête. Les autres l'en dissuadent, chacun sent pourtant que l'expérience tourne au fiasco. Ce sera finalement Let It Be, soit un disque rapiécé et un film où suinte le malaise d'un groupe en bout de course.

George, lui, ne pense déjà qu'à empiler des chansons. Il en lâchera deux encore pour Abbey Road, le chant du cygne des « Fab Four » : Here Comes the Sun, méditation presque enjouée ; Something, classique instantané repris par un Sinatra jurant que c'est sa « préférée de Lennon et McCartney ». Harrison s'en fiche, il n'attend plus que le divorce. L'année d'après, il prendra quatre faces de chansons originales dont deux issues d'une collaboration avec Bob Dylan, et deux autres faces pour une jam session dans le fastueux triple album All Things Must Pass, pour épancher son trop-plein de musique. Enfin libre. Ex-Beatle à jamais.

Rooftop concert