Swiss Beatles Fan Club

4 février 2015


Les quatre étés des Beatles : de l'ode à la joie au chant du cygne

Chapitre 2

Le 15 août 1965, les Beatles se produisent au Shea Stadium, gigantesque arène de la banlieue de New York, prévue pour le baseball. Les 55 ' 600 places se sont vendues comme des petits pains. L'hystérie de la tournée américaine de l'année précédente n'est pas encore retombée. Ce concert massif, dont il reste des traces par le film et le disque (un live remaquillé en studio), est le bouquet final de la « Beatlemania », et son point de non-retour.

L'organi­sation est quasi militaire : le groupe est convoyé de son hôtel en limousine, puis en hélicoptère, enfin dans une voiture blindée, dont le moteur continue de tourner pendant le concert, au cas où. Les Beatles jouent trente minutes, juste le temps d'expédier douze chansons, pied au plancher et presque sans temps mort. De toute façon, la plupart des spectateurs (-trices) hurlent tout le temps. Ils viennent voir, à peine entendre.

John Lennon, sanglé dans l'uniforme beige à col Mao choisi pour l'occasion, toise la foule de son regard myope. Il attaque Help ! Quoi de plus normal, c'est un single tout frais, extrait de l'album du même nom, et le film vient de sortir. Il y met sa rage, son désespoir aussi. John va mal. Il appelle vraiment au secours. Il a grossi, il étouffe. L'enchaînement des tournages et des tournées l'a poussé à bout. L'alcool, l'herbe et autres substances n'y font rien. Sur scène, il est au bord de la rupture. Un moment déjà qu'il s'est mis à singer le gentil Paul quand il essaie de présenter les morceaux au public et à crier des obscénités hors micro.

Le niveau d'hypnose collective auquel est parvenu le phénomène Beatles le fascine et l'effraie. En deux ans, le quatuor charmeur aux refrains irrésistibles et à l'humour cinglant, pour qui conquérir le pays d'Elvis était le rêve ultime, est devenu, dira-t-il, « un groupe irritable, bouffé par l'ennui et la frustration ». De plus, les concerts ne peuvent faire écho à leurs progrès flagrants sur disque.

Rubber Soul, l'album qui va clore cette année 1965, est le manifeste d'une nouvelle maturité. John, sous influence Dylan, commence à mettre de lui-même dans des chansons qui révèlent un ego tourmenté. Cela donne par exemple un Nowhere Man aussi déchirant que splendide. « Je me voyais en train d'essayer d'écrire une chanson et n'y arrivant pas, incapable d'aller nulle part. » Les Beatles étaient son étoile et son boulet. Le nowhere man, c'était lui. |  |