Swiss Beatles Fan Club

3 février 2015


Les quatre étés des Beatles : de l'ode à la joie au chant du cygne

Chapitre premier

Mousquetaires de la pop, les Beatles sont indissociables dans la légende. Pourtant, chacun d’entre eux a été au cœur d'un moment clé du groupe. L'histoire est si connue qu'elle est devenue légende, éventuellement dorée par la nostalgie. Quatre garçons du nord de l'Angleterre, poussés par tous les vents des années 60 jusqu'au toit du monde, où ils défiaient d'avance la postérité avec des refrains enchanteurs, écrits comme on se mouche.

Puis leur débâcle amère, une fois épuisées toutes les possibilités de la vie à quatre. On sait tout des ­Beatles. Ou on croit le savoir. Le groupe des faux siamois John et Paul, né à l'arrivée du jovial Ringo, défait sous les yeux las de George. L'essentiel tient en une douzaine d'albums presque immaculés, puits de jouvence éternels. Mille détails composent la toile de fond, du mythe à l'anecdote. Quatre dates charnières en disent assez long pour qu'on y revienne, et le premier rôle change à chaque fois.

Août 1962 : Et Ringo devint star

Le 18 août 1962 mérite de rester dans l'histoire de la pop. Ce jour-là, à Port Sunlight, la Société d'horticulture donne son bal annuel. A l'affiche, les « fabulous » Beatles. Un jeune groupe de Liverpool, de l'autre côté de l'estuaire de la Mersey. Détail qui a sans doute échappé aux danseurs : si John Lennon, Paul McCartney et George Harrison jouent ensemble depuis plus de trois ans, pour Ringo Starr, leur ­nouveau batteur, c'est une première. Il remplace Pete Best, que les Silver Beatles, comme ils s'appelaient alors, avaient engagé en août 1960, juste avant de s'embarquer pour Hambourg et les bouges mal famés du Reeperbahn, où ils vont tanner leur cuir de rockeurs.

Best est compétent mais ­taciturne, limite rabat-joie. Rétif à la consommation d'amphétamines comme à l'adoption de la coupe au bol. A Liverpool, où sa mère tient la Casbah, club et refuge du groupe, Pete Best a ses fans. Son succès auprès des filles fait des jaloux. Quand Pete est malade, les Beatles appellent Ringo. Un type sympa, blagueur, d'humeur égale, amateur de westerns et de voitures de sport – sans parler des bagues (rings en anglais) d'où il tire son surnom. Chaque fois que Ringo joue avec les ­Beatles, ça colle.

Maintenant qu'ils ont signé chez EMI, que ça risque de devenir un peu plus sérieux, John et Paul se sentent prêts à virer Best. Un soir d'été, ils font 200 bornes pour aller débaucher Ringo de son groupe, Rory Storm and the Hurricanes. Puis ils laissent leur manager, Brian Ep­stein, annoncer la nouvelle à l'infortuné Pete. Quatre jours après le bal de la Société d'horticulture, les Beatles sont filmés pour la première fois, le 22 août 1962, dans leur salle fétiche de la Cavern à Liverpool, par la chaîne de télé Granada. Même si les images n'en seront diffusées que plus tard, elles signent leur acte de naissance, avec ce batteur qui dodeline de la tête en martelant ses fûts.

« Je n'avais pas beaucoup de style, mais j'avais les bons mouvements », dira l'éternel modeste. Le 4 septembre, le batteur participe à sa première séance d'enregistrement avec les Beatles où deux titres sont agendés : How Do You Do It et Love Me Do. Le 11 septembre, pour finaliser l'enregistrement de Love Me Do, Ringo subit un drôle de bizutage : pour leur premier single, le producteur George Martin a convoqué un autre batteur, Andy White, jugé plus technique. Mine basse, l'« apprenti » Starr agite un tambourin, des maracas. Cette version paraîtra sur le premier album des Beatles. N'importe, la légende est en marche et c'est avec lui qu'elle va s'écrire. Il gardera cependant une rancœur « éternelle » pour avoir été relégué de la sorte : « Il s'est excusé à maintes reprises depuis cette journée du 11 septembre 1962, ce bon vieux George Martin, mais là, ça m'avait anéanti. Je l'ai haï, le salaud, pendant des années, et aujourd'hui encore, je ne le lâche pas avec ça ! » De l'avis général, résumé un jour par Paul McCartney, Ringo n'était peut-être pas le meilleur batteur du monde, mais c'était le meilleur pour les Beatles. |  |
The Cavern Club, Liverpool, 22 août 1962, version reconstruite par Hobs, Apes & Jones.
Studios EMI (Abbey Road), Londres, 4 septembre 1962.