Swiss Beatles Fan Club

5 février 2015


Les quatre étés des Beatles : de l'ode à la joie au chant du cygne

Chapitre 3

Le 28 août 1967, les Beatles au complet sont à Bangor, au pays de Galles, pour s'initier à la méditation transcendantale avec le gourou Maharishi Mahesh Yogi. Un coup de fil leur apprend la mort brutale de Brian Epstein, d'une surdose accidentelle de somnifères. Il avait 32 ans, c'était un grand frère autant qu'un manager. Sa disparition laisse les Beatles désemparés, marquant une véritable fissure dans leur carrière, deux ans avant leur séparation. Trois jours après le drame, réunion chez Paul McCartney, à St. John's Wood, un quartier chic de Londres. Celui-ci remet sur le tapis son idée d'un film itinérant, Magical Mystery Tour.

C'est un bosseur : rien de tel pour noyer le chagrin que de se plonger dans ce nouveau projet. Allez hop, séance d'enregistrement le 5 et début du tournage le 9. John et George traînent les pieds. Le premier n'apprécie guère que son vieux complice joue les petits chefs. Mais déjà le concept de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band avait jailli du cerveau du bassiste, et l'album est un triomphe absolu en plein « été de l'amour ».

Paul se sent pousser du galon. Lui, ce qui l'agace, c'est qu'un critique ait pu voir en Sgt. Pepper le « chef-d'œuvre de George Martin », comme si le producteur était le seul responsable des trouvailles qui enrichissent la tapisserie sonore des Beatles. Si la croyance populaire attribue d'une façon trop « simpliste » à Paul McCartney la vertu des mélodies au sein des Beatles, il n’en reste pas moins un artisan pragmatique. Sa conversion prudente au LSD fait sourire George Harrison et surtout John Lennon, qui s'en gavent depuis un moment. Si quelqu'un doit prendre les choses en main, ce sera donc lui.

Comme on ne s'improvise pas tout à fait cinéaste, l'épopée Magical Mystery Tour, embarquant à bord d'un bus jaune une trentaine de passagers en plus du groupe et des techniciens, baignera de bout en bout dans l'amateurisme. Ce côté foutraque donne aujourd'hui un petit charme au film, qu'à l'époque la critique goûta modérément – d'autant qu'il fut d'abord diffusé en noir et blanc ! Pour le chatoiement des couleurs, il y avait toujours les chansons, et le McCartney d'alors était en pleine forme.

Commencée en fanfare avec Penny Lane, son année 1967 finit avec The Fool on the hill, où il fait l'idiot avec un sens aiguisé du contrôle. Cette bluette géniale, c'est tout lui, mêlant savoir-faire et naïveté, son des pipeaux et ampleur symphonique : ce gars-là peut décidément tout se permettre. Avec ou sans les copains. |  |