Swiss Beatles Fan Club

20 février 2015


John Lennon - Paul McCartney : la séparation des Beatles

A l’écoute des dernières mesures d’Abbey Road, difficile d’imaginer qu’il s’agit là de la dernière collaboration du plus grand groupe des sixties. Le succès commercial est au rendez-vous, 30 millions d’exemplaires s’écoulent dans le monde. Mais la rime qui conclut l’album ne trompe pas : « And in the end, the love you take is equal to the love you make ». Les quatre comparses ne remettront jamais plus les pieds tous ensemble dans un studio. Le 20 septembre 1969, John Lennon annonce au reste du groupe qu’il quitte les Beatles.

Sur les conseils de leur manager Allen Klein, cette décision reste secrète. Les raisons ? La renégociation des droits de distribution avec EMI et Capitol qui pourrait rapporter (très) gros aux scarabées, mais aussi la sortie de Let It Be, initialement prévue pour avril 1970. Mais huit mois plus tard, Paul rompt cette promesse lors de la promotion de son premier album solo, McCartney, où il décrit une séparation due à des « désaccords sur les plans personnel, financier et artistique ». Les trois autres ne lui pardonneront pas cette sortie. John est furieux que Paul se soit servi de cette nouvelle à des fins commerciales, boostant ainsi la vente de son premier disque, et s’attribuant au passage la responsabilité de cette rupture. Les faibles remords de Paul n’y font rien et s’en suit alors une terrible guerre d’ego opposant Lennon à McCartney par interviews et chansons interposées.

Ver dans le fruit

Depuis les sessions d’enregistrement du White album en 1968, la rupture semblait pourtant consommée. La mort de Brian Epstein, leur manager historique, l’ingérence de plus en plus pressante de Yoko Ono en studio, le dirigisme de Paul, l’arrivée d’Allen Klein, le remixage des bandes de Let It Be par Phil Spector sans l’accord de McCartney… Le ver se glisse dans le fruit et les fondateurs d’Apple se retrouvent au tribunal en décembre 1970. McCartney décide alors d’attaquer en justice ses trois ex-camarades pour mettre fin au partenariat juridique les liant depuis 1967 pour une durée de dix ans.

Sur le plan artistique, McCartney lance les hostilités en premier. Il taxe le duo John & Yoko de prosélytisme. « Too many people preaching practices/ Don’t let ‘em tell you what you wanna be » (« Trop de gens te disent comment agir / Ne les laisse pas choisir ce que tu veux être »), chante-t-il alors sur le morceau Too Many People, paru sur son deuxième album Ram en 1971. Bégueule, McCartney joue les innocents, regrettant son amitié perdue : « When I thought that I could call you my friend, but you let me down » (« je pensais pouvoir te considérer comme mon ami mais tu m’as laissé tomber ») (3 Legs). Bref, c’est pas moi, c’est lui. Ultime provocation, le 33 tours est assorti d’une photo représentant deux scarabées copulant… Qui baise qui ?

La guerre est déclarée

John le pacifique ne perd pas de temps. Sa réplique s’intitule How do you sleep ?, et sort sur l’album Imagine en 1971. Le lad y déverse toute son amertume et règle ses comptes avec son ancien partenaire : « Ces fous avaient raison quand ils racontaient que tu étais mort [...] / La seule chose que tu aies faite c’était hier (Yesterday) ». Avant d’enfoncer le dernier clou d’un cercueil fait maison : « Une jolie gueule peut durer une année ou deux / mais très vite les gens comprendront ce que tu as réellement dans le ventre / Le son que tu produis n’est qu’une musique d’ascenseur pour moi / Tu devrais pourtant avoir appris quelque chose avec toutes ces années ».

Dans le film Imagine, qui immortalise les sessions d’enregistrement de l’album, on aperçoit un Lennon goguenard et sourire aux lèvres dévoiler son pamphlet à George Harrison. Emporté par le bœuf, il en profite pour assortir son refrain d’un « you cunt » bien senti. Le règlement de compte n’en reste pas là. A la photo des scarabées de l’album Ram, Lennon répond en parodiant la pochette du deuxième album de Paul : John est photographié saisissant les oreilles d’un cochon, allusion à peine voilée à l’image de McCartney attrapant un bélier par les cornes.

La guerre est déclarée. Interrogé par Playboy, Lennon ne cache pas son jeu : « Je ne me sentais pas spécialement méchant à l’époque. Disons juste que j’utilisais mon amertume envers Paul pour créer une chanson, voilà tout. Il a vu que ça s’adressait directement à lui, et on l’a harcelé pour savoir si c’était vraiment le cas. Mais vous savez, il y avait des piques dans son album avant le mien. Il se veut tellement ambigu que personne ne les a remarquées, mais moi je les ai entendues. Je me suis dit, je suis pas quelqu’un d’ambigu, moi je sais mettre les pieds dans le plat. Il l’a fait à sa façon, je l’ai fait à la mienne. Mais oui, je pense que d’une certaine façon, Paul est mort sur le plan créatif ».

« C’était mon idole »

McCartney tente d’apaiser les esprits dès son album suivant avec les Wings, Wild Life. Dans la chanson Dear Friend, il écrit une lettre ouverte à son ami de toujours. « Cher ami, quelle heure est-il ? Est-ce là vraiment la limite ? Est-ce que cela te tient autant à cœur ? As-tu peur ou est-ce vrai ? » La situation ne s’apaisera totalement qu’à partir de 1975 avec la fin du contentieux juridique entre les « Fab Four ». John regrettera même publiquement les propos tenus dans How do you sleep ? soulignant sans malice qu’il s’agit néanmoins d’une « très bonne chanson ».

Les relations entre les deux anciens gamins de Liverpool se normalisent progressivement et ces derniers reconnaissent volontiers s’appeler de temps en temps. On est loin de la chaleur des débuts, mais les sbires semblent se réconcilier. Il n’en faut pas plus pour que le monde se mette à espérer une reformation des Beatles. Mais la fin tragique de Lennon, assassiné le 8 décembre 1980 à New York, tue dans l’œuf tout projet de réconciliation publique.

McCartney, le frenemy de toujours, affiche son émotion. « C’était vraiment un mec super. Je l’ai toujours idolâtré. Je ne sais pas si les autres vous diront la même chose, mais c’était notre idole », lui attribue-t-on, renforçant la théorie d’un amour jaloux entre les deux amis. Paul lui rendra un dernier hommage sur la chanson Here Today parue en 1980, qu’il conclut d’un cri du cœur : « I really loved you ». |  |