Swiss Beatles Fan Club

28 juillet 2015


La Coccinelle d'Abbey Road dans la légende des Beatles

Elle est garée avec deux roues sur le trottoir. Nous sommes le 8 août 1969 et, même à Londres, il est parfaitement naturel de laisser sa voiture dans la rue à cheval sur l’accotement. Le photographe, Iain Macmillan, aurait tout de même demandé qu’on déplace cette Volkswagen qui s’impose dans la scène imaginée par Paul McCartney pour la couverture du nouvel album des Beatles, Abbey Road, hommage aux studios que le groupe a tant fréquenté.

Problème : le propriétaire n’est pas à proximité. Puisqu’il faut faire vite, la Coccinelle blanche fera donc partie du décor. Juché sur un escabeau au milieu du carrefour pendant qu’un policeman bloque le trafic, le photographe se contente de six clichés du groupe. Le cinquième sera le bon. Au fond, on aperçoit d’autres véhicules - une camionnette de livraison noire, typiquement british, une Triumph, une Vauxhall - dont on ne distingue guère ou pas du tout l’immatriculation.

Plaque minéralogique et interprétations fumeuses

En revanche, la plaque minéralogique de la VW est parfaitement lisible : LMW28IF. C’est donc qu’elle a quelque chose à dire. Un message subliminal adressé aux Beatlemaniaques, pardi ! D’autant que la petite voiture est surnommée « käfer » (scarabée) en Allemagne et donc… Beetle par les anglo-saxons. De quoi déchainer l’imagination de ceux qui, depuis quelques temps déja, assurent que Paul Mc Cartney n’est plus de ce monde. Il se serait tué en 1966 dans un accident de voiture et celui que l’on voit sur la pochette n’est qu’un vil sosie. C’est la Volkswagen blanche, mal garée, qui le dit. Les Beatles ont nourri beaucoup d’histoires délirantes ; la Coccinelle d’Abbey Road en est une bonne illustration.

Pour les tenants de la théorie du complot, le décodage de cette banale plaque d’immatriculation tombe sous le sens. C’est un acronyme : « Living McCartney would be 28 if. » Traduction : « Vivant, McCartney aurait 28 ans si... » « Si » le terrible accident ne s’était pas produit. Autre interprétation possible : « Linda McCartney weeps » (« Linda McCartney – que Paul venait d’épouser – pleure »).

Théorie du cortège funèbre

D’autres signes, tout aussi tirés par les cheveux, sont appelés en renfort pour corroborer cette théorie. Dont le fait que Paul, le gaucher, tient sa cigarette de la main droite. Le message porté par cette très ordinaire voiture allemande (l’Allemagne, justement, là où le groupe a débuté, comme c’est bizarre...) serait le sous-titrage d’une subtile mise en scène destinée à révéler l’imposture. Paul pieds nus, tel un défunt que l’on mène au tombeau, est entouré de John tout de blanc vêtu comme un prêtre, de Ringo en costume de croque-mort et de George en fossoyeur. Tout s’éclaire !

Peu importent ces divagations et le fait que le bassiste des Beatles ait eu à l’époque non pas 28 mais 27 ans. L’innocente Volkswagen va ainsi entrer dans la légende des Beatles. Elle a été acquise aux enchères en 1986 par un collectionneur américain pour 23 000 dollars, ce qui est un peu cher, pour une Cox alors vieille de dix-huit ans. En 1998, elle a été rachetée, toujours aux enchères, pour être accueille au ZeitHaus Museum, situé à proximité de l’usine Volkswagen de Wolfsburg.

Quant à Paul McCartney, il a toujours réagi avec flegme à toutes ces théories qui l’envoyaient ad patres. En 1993, il intitule l’un de ses album Paul is live et apparait sur le célèbre passage piéton d’Abbey Road en compagnie de son chien. Sur la pochette, la fameuse Coccinelle blanche est toujours garée au même endroit mais sa plaque d’immatriculation a changé : 51 IS. L’âge d’un musicien bien vivant. |  |