Swiss Beatles Fan Club

14 août 2015


La chanson Strawberry Fields Forever :
une rêverie d'enfant perché au sommet d'un arbre


Et si la quintessence des Beatles se trouvait concentrée dans les paroles étranges de la chanson Strawberry Fields Forever (littéralement : « Les Champs de fraises pour toujours »). Certains « rock-critiques » ont écrit qu'il s'agissait de « la plus grande chanson du groupe, voire la plus grande chanson pop de tous les temps ». Cette belle complainte, dont les accords concassés et psychédéliques restent envoûtants, distille toujours avec bonheur son lot de mystères. Pour mieux comprendre les secrets de cette chanson culte, véritable hymne à l'enfance et à la pop culture, il faut retourner à Liverpool, ville riche de 700 000 habitants, port de commerce de la côte ouest de l'Angleterre. Les Beatles y sont nés. Ils y ont grandi. Et John Lennon qui composa cette chanson l'écrit bien : « Laisse-moi t'emmener, car je vais à Strawberry Fields. Rien n'est réel, et il n'y a pas de soucis à se faire, car Strawberry Fields restera là pour toujours. »

Un orphelinat de l'Armée du Salut 

Pour arriver à trouver ce fameux « champ de fraises », il faut passer par Penny Lane, la rue immortalisée par Paul McCartney. A Beaconsfield Road, entre les arbres, existe une large bâtisse victorienne entourée d'un parc boisé : le foyer de Strawberry Field (sans « s ») est toujours là. Entre deux montants en pierre où se détache en lettres blanches sur fond rouge l'inscription « Strawberry Field », la grille en fer forgé rouge n'a pas bougé depuis que le petit John allait s'y amuser. En mai 2011, le portail original a été retiré et remplacé par une réplique, pour le protéger des dégradations causées par le passage de nombreux fans. La maison de la tante de Lennon, Mimi, se trouve juste au bout du 251 Menlove Avenue, à cinq minutes à pied du parc. Chaque année, Mimi emmenait son neveu à la grande kermesse organisée dans les jardins de cet orphelinat de l'Armée du salut (fermé en 2005). John fut réellement fasciné par les bois de Calderstones Park. Lorsqu'il découvrit un raccourci pour s'y rendre depuis chez lui, Strawberry Field devint son lieu d'escapade favori, où il se laissait aller à ses rêveries d'enfant, perché en haut d'un arbre (que l'on retrouve dans le morceau).

Cette chanson nostalgique et planante écrite par Lennon fait aussi remonter à la surface des traumatismes d'enfance du chanteur, et notamment la mort de sa mère qu'il perdit à l'âge de 17 ans. Est-ce à cause du traumatisme de la mort brutale de Julia (dont il tirera deux émouvantes chansons : Julia et Mother) qu'il chante « Nothing Is Real » dans Strawberry Fields Forever ? Lors de sa dernière interview, en 1980 au magazine Rolling Stone, John Lennon répondit : « Je pense qu'en définitive, rien dans le monde n'est réel. Comme le disent les hindous et les bouddhistes, c'est une illusion, c'est-à-dire que toute matière est faite d'électrons en suspension. Le plus difficile, c'est de s'affronter soi-même. »

Un voyage musical de quatre minutes

John Lennon a commencé de composer la chanson à Almería, en Espagne, entre le mois de septembre et octobre 1966, pendant le tournage du film antimilitariste de Richard Lester : How I Won the War Comment j'ai gagné la guerre »). Pour la publication de leur futur album qui n'avait pas encore de nom, mais deviendra par la suite Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, les Beatles ont débuté l'enregistrement le 24 novembre par Strawberry Fields Forever dans les studios londoniens d'EMI Records, à Abbey Road. Il faudra 45 heures réparties sur cinq semaines pour enregistrer ce titre. Il existait en réalité deux versions du morceau, l'une lente et l'autre rapide. Comme Lennon avait déclaré au producteur George Martin qu'il aimait le début de la version lente et la fin de la version rapide, l'ingénieur du son Geoff Emerick réalisa une prouesse technique pour l'époque par un habile collage des deux versions. En écoutant bien la chanson, on s'aperçoit du changement situé à une minute de musique. Les violons, les cymbales inversées, le jeu de batterie halluciné de Ringo Starr, l'étrange son du mellotron (ancêtre du synthétiseur), sans oublier la voix magique de Lennon, font - aujourd'hui encore - de Strawberry Fields Forever un incroyable voyage musical de quatre minutes, qui s'apparenterait presque à un « trip » d'acide pur.

Les Beatles n'ayant plus sorti de matériel original en six mois depuis l'arrêt des tournées, le manager Brian Epstein mis la pression sur George Martin... Strawberry Fields Forever est finalement publié le 17 février 1967 au Royaume-Uni, en 45 tours avec Penny Lane. Concept introduit en 1965 par les Beatles, le disque comporte deux faces A. Pour une histoire de comptage particulier et surtout que les deux chansons de qualité se font concurrence, le disque sera le premier single des Beatles depuis la longue série débutée en 1963, à être classé en deuxième position du classement au Royaume-Uni. Même s'il en porte une part de responsabilité, George Martin déclara plus tard que ce fut une « épouvantable erreur ». On regrettera surtout que Strawberry Fields Forever n'est pas été inclus dans l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, là était sans doute sa vraie place dans l'histoire de la musique. ||

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