Swiss Beatles Fan Club

22 août 2015


George Harrison : Living in the Material World
le documentaire de Martin Scorsese

Une fois qu’on a vu Living in the Material World, le documentaire que Martin Scorsese a consacré à George Harrison, l’évidence s’impose : nés aux heures les plus noires de la seconde guerre mondiale, élevés dans la foi catholique, artistes issus de familles prolétaires, fascinés par les mystiques orientales, enclins à céder à leurs démons, le cinéaste et le musicien sont faits l’un pour l’autre. A partir du matériau mis à sa disposition par Olivia (l’épouse) et Dhani (le fils) Harrison, ainsi que d’une série d’entretiens, Martin Scorsese refait le chemin parcouru par George Harrison, du 25 février 1943, à Liverpool, au 29 novembre 2001, date de sa mort d’un cancer, à Los Angeles. Avec son monteur David Tedeschi, l’auteur de Mean Streets fait apparaître un homme derrière les traits familiers de l’icône rock. Le cinéaste américain tient avec dextérité l’équilibre entre la lucidité (les périodes d’addiction, les brouilles entre amis sont mentionnées) et les convenances. Le procès pour plagiat intenté par les auteurs du tube He’s So Fine (1962), qui avaient reconnu leur chanson dans My Sweet Lord, est passé sous silence.
 
George Harrison a longtemps été surnommé « The Quiet One » (le silencieux), par opposition à l’ironie cinglante de John Lennon, au charme extraverti de Paul McCartney, aux clowneries de Ringo Starr. Plus jeune que les autres Beatles, il est tenu en lisière du processus créatif. Devant la caméra de Scorsese, McCartney lui attribue la paternité du motif de guitare acoustique qui scande And I Love Her. Pourtant, la chanson est signée Lennon et McCartney. Il faut attendre le dernier album enregistré par les Beatles, Abbey Road, pour qu’une chanson de George Harrison, Something, ait les honneurs de la première face d’un 45-tours.  


Living in the Material World montre à quel point la période des Beatles a été une somme d’expériences contradictoires pour un garçon qui avait 20 ans lorsque la planète l’a déifié. Plus que réticent face à l’adulation dont il était l’objet, Harrison a été l’un des premiers à mettre son statut de superstar au service d’une cause humanitaire en organisant le concert pour le Bangladesh en 1971. On voit aussi un homme obsédé par l’argent (à 23 ans, il prend à partie les dirigeants travailliste Harold Wilson et conservateur Edward Heath dans la chanson Taxman, une protest song contre l’impôt) et mû par le désir de s’affranchir du monde physique. Cette dernière quête le mène en Inde, où il fréquente des gourous et des sectes qui n’inspirent pas une confiance universelle. Il est aussi devenu le disciple de Ravi Shankar, le maître du sitar, dont les interventions pleines de grâce ponctuent le film.

Le triangle amoureux qu’il a formé avec sa première épouse, Pattie Boyd, et son collègue en guitare électrique Eric Clapton est longuement évoqué par les intéressés. On entend les amis des débuts, Klaus Voormann et Astrid Kirchherr (photographe des premiers pas du groupe), rencontrés à Hambourg. Les Monty Python Eric Idle et Terry Gilliam rappellent que George Harrison hypothéqua son manoir pour financer La Vie de Brian, après la défection du producteur original, « le ticket le plus cher de l’histoire du cinéma », selon Eric Idle. Ringo Starr est à la fois drôle (quand il explique à quel point il était imperméable aux tempi indiens qu’Harrison utilisait dans des compositions comme Here Comes the Sun) et bouleversant, lorsqu’il évoque les derniers moments passés avec son ami mourant.
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Diffusion sur la télévision Arte, le 22 août à 22 h 40.


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