Swiss Beatles Fan Club

27 novembre 2015


La vie de John Lennon en bande dessinée
par Foenkinos, Corbeyran et Horne


Militant pacifiste et chantre de la non violence, John Lennon s'est fait tirer dessus à bout portant sous de l'appartement où l'attendaient Yoko Ono et leur fils, Sean. Une fin brutale et tragique, qui a refermé prématurément une existence en bien des points hors du commun. La chanson Imagine à elle seule suffirait à inscrire Lennon dans l'histoire de la culture populaire. Reprise aux quatre coins du monde dès que le malheur et la violence s'abattent aveuglément sur l'humanité, elle est devenue l'hymne international de la paix et de la fraternité humaine. Autant dire qu'avec les événements récents, on se demande tout de même si vivre en paix est aussi facile qu'il le chante. On aimerait le croire, mais il faut avoir la foi.

Autobiographie en forme de psychanalyse

Cette vie hors du commun, nul ne peut mieux la raconter que John Lennon lui-même, allongé sur le divan d'une psychanalyste qui habite le même immeuble que lui, à deux pas de Central Park. De séance en séance, il déroule le fil du temps dans l'ordre chronologique, depuis les drames fondateurs qui l'ont profondément marqué : la séparation des parents, la mère absente et le père renié, l'enfance chez son oncle et sa tante, obligés de se substituer à ses parents défaillants. Lennon s'est construit sur ce manque affectif terrible, sur l'absence et l'abandon, qu'il compensera par une amour immodéré de sa mère, quand il la retrouvera enfin. Pour ne rien arranger, elle décédera très jeune dans d'horribles circonstances. C'est dans la musique d'Elvis Presley, le King, que le futur pilier des Beatles trouvera alors à la fois l'énergie de continuer à vivre et la conviction tenace d'être né doté d'un talent exceptionnel, d'un véritable génie pour la musique. 

Je suis Jésus-Christ

Comme c'est John lui-même qui raconte sa propre histoire, la modestie n'étouffe pas le narrateur. Persuadé d'être un géant, les hyperboles ne l'embarrassent pas : dieu vivant, phénomène mondial, Jésus-Christ... Lennon voit en la célébrité à la fois un moteur puissant et un fardeau insupportable. C'est par elle qu'il explique la défonce à l'alcool et à l'héroïne, par elle qu'il justifie le virage à 180 degrés après la rencontre avec Yoko Ono, par elle encore qu'il comprend la lassitude terrible qui l'avait gagné avant que le destin ne mette en travers de sa route cette deuxième femme, si différente de la première et de toutes les autres qui ont traversé sa vie et ses tournées...

De la biographie à la bande dessinée

L'album est l'adaptation en bande dessinée du livre de David Foenkinos publié en 2010 chez Plon. Corbeyran, au scénario, reste fidèle au récit à la première personne. Le texte défile en voix off, sur des images au pinceau de Horne, très proches du rendu photographique. L'album est, du coup, un moyen assez simple de lire un résumé du livre de Foenkinos, sans trop se fatiguer. Le dessinateur lui-même semble avoir choisi la paresse pour ligne de conduite, reproduisant sans se gêner le même dessin dans plus de dix cases différentes (celui de la psychanalyste assise, un carnet sur les genoux, celui des Beatles en concert, dont seul le décor change, sans parler de la case où John s'enfonce une seringue dans le bras et ainsi de suite).

Si le copier-coller informatique peut faire des merveilles quand il est assumé, le procédé est ici gênant, car il n’apporte rien : il prive au contraire les lecteurs de nouvelles illustrations qui feraient sens et ajouteraient – on peut rêver – des détails visuels au monologue de Lennon. Ici, malheureusement, les dessins ne sont finalement que décoratifs, voire redondants. Malgré la qualité technique de leur exécution, ils manquent des fêlures qui traversent le récit de John. Comme de simples clichés photographiques tirés d’une banque d’image, ils pêchent par manque de profondeur et réduisent cet album au statut de simple résumé illustré de la biographie de Foenkinos. Un peu court pour un album aussi épais, qui reste intéressant tout de même par la carrure exceptionnelle de son personnage central et narrateur. ||

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