Swiss Beatles Fan Club

19 février 2016


Les Beatles, turbulents chevaliers de l’empire


« Les Beatles, on peut aussi bien les présenter à la rubrique économique, dans le carnet mondain, à la page cinématographique, ou dans la chronique littéraire. On dit de Brigitte Bardot qu’elle rapporte plus à la France que les ventes de voitures de la régie Renault. Les Beatles, eux, rapportent plus à l’Angleterre que toutes les exportations de whisky. (…) En une année, ils ont fait entrer plus de 250 000 francs suisses dans les caisses du Trésor anglais. Ils sont cotés en Bourse. Ils sont les seuls dans l’histoire du disque à avoir vendu un million de copies en cinq jours.

» Les Beatles ne font pas seulement vendre des disques. Leur nom est aussi exploité à d’autres fins (…). [Ils] font vendre des tricots, des perruques, même du papier peint. Valeur boursière, ils font l’objet de transaction. Un groupe américain a voulu les acheter 50 millions de francs suisses. Ils ont refusé. (…) La reine Elizabeth les a décorés de l’ordre de l’Empire britannique. Une croix d’argent sur laquelle est inscrit « Pour Dieu et pour l’Empire ».

» Les Beatles ont également fait leur entrée à l’Université. Depuis octobre, les élèves de l’académie de musique de l’Université de New York étudient la musique Beatle. (…) Les Beatles sont quatre. Ils sont jeunes. Trois sont mariés. Dans quelques années on ne parlera peut-être plus d’eux. A l’exception de l’un des quatre, John Lennon, qui a bien assez de talent pour l’exercer ailleurs que dans la chanson. Il a déjà écrit deux courts livres dont l’esprit est proche de Lewis Carroll. (…)

» Les Beatles sont libres, insolents, joyeux dans la vie comme dans leurs films. Beaucoup plus que leurs chansons, c’est avec cela qu’ils forcent notre sympathie. Ils peuvent devenir de nouveaux Marx Brothers. Leurs plaisanteries se ressemblent. Comme Groucho Marx, un des Beatles dit à une dame qui le trouve charmant : « Sorry, je ne peux pas vous en dire autant. » Nous nous moquons de vous, nous nous moquons de nous, nous nous moquons de tout. Nous ne prenons rien au sérieux. C’est leur devise.

» En 1964, les Beatles chantent devant la reine Elizabeth d’Angleterre. John Lennon s’avance vers la salle : « Les spectateurs des places les moins chères, soyez assez gentils pour applaudir. Les autres se contenteront de faire claquer leurs bijoux. » Les Beatles, a-t-on dit, ce sont de très bons musiciens mais aussi de très bons anarchistes. On jouait l’hymne national anglais devant eux. L’un des Beatles brandit un cornet de glace et cria à la place du traditionnel God save the Queen, un très insolite « Gode save the cream. » |  |

Article paru, signé F. Tranchant, le 19 janvier 1966 dans la Feuille d’Avis de Lausanne (Suisse).