Swiss Beatles Fan Club

3 juin 2016


L'album Get Back des Beatles qui ne vit jamais le jour


Les albums qui n’ont jamais vu le jour offrent un aperçu attrayant sur un univers rock alternatif que l’on ne peut pas atteindre. Nous sommes attirés par ces récits, non seulement pour la musique mais aussi pour les personnes qui l’ont faite. Derrière ces projets se trouvent les histoires de certains des plus grands artistes de tous les temps, se battant pour leur vision créative contre une industrie commerciale ou même contre les membres de leur propre groupe.

Get Back était prévu comme un album rock qui retournait aux fondamentaux, libre de tout travail de production élaboré, enregistré en direct dans un studio de cinéma pour un documentaire sur les Beatles. Les prémisses étaient intéressantes, mais les conditions n’étaient pas idéales pour faire de la musique et la présence de la caméra s’est révélée être intrusive. Les pénibles sessions d’enregistrement se sont achevées peu de temps après la performance emblématique sur le toit d’Apple Records le 30 janvier 1969, mais personne ne voulait se plonger dans les 85 heures d’enregistrement que le groupe avait amassé.

Get Back, la genèse de Let It Be

En mars 1969, est confié au producteur britannique Glyn Johns, la tâche peu enviable d’en tirer une liste de morceaux utilisables. On lui doit notamment une contribution sur la plupart des albums des Rolling Stones entre 1966 et 1976. Pour ce nouveau mandat, il fait plusieurs propositions soldées par un rejet du groupe, dont est tout de même issu le single Get Back / Don't Let Me Down en avril 1969. « J’ai commencé par faire un album de répétitions, a déclaré Johns à la BBC, avec des morceaux de conversations et des blagues entre les titres et entre les faux départs ». Pour cause d'insatisfaction sur le résultat final, le projet est mis de côté. Un peu plus tard, en janvier 1970, Johns, sur les instructions des Beatles, travaille sur une autre version de Get Back mais celle-ci ne rencontre pas non plus l’agrément des quatre musiciens.

À l’origine l’album Get Back ne comprenait pas les mêmes morceaux que le disque qui, rebaptisé et remixé, vit le jour sous le nom de Let It Be. Il était composé, entre autres, d’une reprise des Drifters (Save the Last Dance for Me), d’un court instrumental écrit par Paul (Rocker), d’une version alternative de la ballade de John (Don’t Let Me Down) et d’un petit morceau suranné composé par Paul, Teddy Boy (qu’il réenregistra plus tard pour McCartney, son premier album solo disponible pour les médias le 10 avril 1970, avec l'annonce de la séparation des Beatles).


De plus, Allen Klein, le nouveau manager des Beatles rechigne à sortir un produit si peu abouti. En mars 1970, il persuade John Lennon de remettre les enregistrements de Get Back au producteur américain Phil Spector, qui se lâche sur les overdubs orchestraux. Tout le monde dans le groupe n’est pas d’accord avec cette nouvelle approche créative qui change l'esprit « brut », la ligne directrice de base sans user des innombrables techniques de studio qui ont prédominé pendant les trois dernières années. « Tout cela m’a dépassé, affirmera Paul McCartney au biographe Barry Miles. On m’a envoyé une version remixée. Personne ne m’a demandé mon avis ».

Paul McCartney en colère

Stupéfait en entendant les changements apportés à son travail, en particulier à The Long and Winding Road auquel on a ajouté beaucoup d’instruments à cordes mièvres, de la harpe et un chœur mélodramatique, McCartney en colère expédie une lettre adressée à Klein dont les derniers mots sont : « Ne refaites plus jamais ça ! ». Il évoquera même le traitement réservé à ses chansons par Phil Spector comme une des six raisons de son départ du groupe, lors du procès qu'il intente à ses partenaires en décembre 1970 pour en prononcer la dissolution juridique. Dans ce contexte houleux, les demandes de retirer ces ajouts sont refusées et l’album paraît en tant que Let It Be au mois de mai de cette même année remportant un franc succès. Mais l'histoire ne s'arrête pas là...

Let It Be... Naked est un album sorti le 18 novembre 2003. Il s'agit en fait d'une version remixée et remasterisée de l'album Let It Be de 1970, à partir des enregistrements originaux des sessions de janvier 1969. Initié par Paul McCartney, cet album constitue un retour aux sources du « projet Get Back » qui consistait à enregistrer des chansons en direct, sans aucun ajout en studio. Ainsi, tout le travail de production de Phil Spector sur les bandes originales, en mars et avril 1970, est ici effacé, d'où le terme « Naked » (Nu) ajouté au titre de cette réédition.
||
Les Beatles et Glyn Johns, 1969.