Swiss Beatles Fan Club

7 juin 2016


La rencontre historique entre Mohamed Ali et les Beatles


La légende de la boxe, Mohamed Ali, a perdu vendredi 3 juin à 74 ans son dernier et plus long combat, celui contre la maladie, a annoncé sa famille dans un communiqué. Après un combat de 32 ans contre la maladie de Parkinson, l'ancien boxeur est décédé à Phoenix, en Arizona. Ses obsèques auront lieu vendredi 10 mai dans sa ville natale de Louisville, dans le Kentucky a indiqué son porte-parole, Bob Gunnell. « La famille Ali voudrait remercier tous ceux qui l'ont accompagné par leurs pensées, prières et soutien et elle demande le respect de son intimité .» L'ancien président américain Bill Clinton sera l'une des trois personnalités, avec le journaliste Bryant Gumbel et l'acteur Billy Crystal qui prononceront son éloge funèbre, une procession funéraire traversera ensuite Louisville, passant notamment par le centre et le boulevard Mohamed Ali, dans le quartier de son enfance, et se terminera au cimetière de Cave Hill. L’acteur Will Smith et l'ancien boxeur Lennox Lewis seront au nombre des six personnes choisies pour porter son cercueil. De nombreux messages de condoléances ont afflué ces derniers jours de personnalités diverses, dont les anciens Beatles. Paul McCartney a témoigné son affection et rappelé ses rencontres avec le boxeur disparu. Ringo Starr a déclaré : « Que Dieu bénisse Mohamed Ali, paix et amour à toute sa famille. »

Article du magazine Les Inrocks, 6 juin 2016

En février 1964, le monde occidental est encore englué dans le passé. La ségrégation raciale est toujours en vigueur aux États-Unis, où les héros de la musique populaire sont encore Frank Sinatra et Elvis Presley. Le 18 du mois, deux champions du nouveau monde en construction se rencontrent. À gauche, un jeune boxeur de 22 ans originaire du Kentucky, Cassius Clay, qui abandonnera son « nom d’esclave » un mois plus tard en se convertissant à l’Islam par Mohamed Ali. Il est l'espoir de la catégorie poids lourds. En 1960, il a remporté la médaille d'or aux Jeux olympiques de Rome et demeure invaincu en 19 combats. À droite, quatre gamins aux cheveux longs issus des quartiers populaires de Liverpool, arrivés onze jours plus tôt pour conquérir l’Amérique des salles de concerts et des plateaux télé.

Organisée par les publicistes des Beatles, l’entrevue, immortalisée par les clichés mythiques du photographe écossais Harry Benson, a bien failli ne jamais avoir lieu. Star montante de la boxe US, Cassius Clay n’est pas encore Ali. Pour devenir champion du monde, il doit battre un géant, le tenant du titre Sonny Liston. À Miami et partout dans le monde, l’issue du clash ne fait aucun doute : Liston est le favori à 7 contre 1. En pleine promo, John Lennon veut lui aussi miser sur le bon cheval, et refuse de rencontrer Clay : « cette grande gueule qui va perdre.» Seulement voilà, Liston, qui n’a jamais entendu parler des Fab Four décline lui aussi. Lorsque le groupe se pointe à son centre d’entraînement, il leur jette un regard méprisant et balance « Je ne pose pas avec ces chochottes. » Vexés, les Beatles remontent dans leur limousine et se rabattent sur le QG du futur Mohamed Ali.

À peine mieux traité, le groupe est poussé dans les vestiaires par la sécurité, qui verrouille la porte à clefs. Envoyé par le New York Times pour couvrir l’événement, Robert Lipsyte se retrouve enfermé avec eux. Le journaliste fait la conversation, et demande un pronostic aux popstars qui prédisent une victoire par KO au premier round pour Sonny Liston. Il se souvient : « Je n’étais pas une adolescente, je ne savais pas du tout qui était les Beatles ou ce qu’ils allaient devenir. C’était des petits gars avec beaucoup de cheveux qui portaient tous des vestes blanches en tissu-éponge. Ils gueulaient et se plaignaient parce qu’on venait de leur dire que Clay n’était pas encore là et ils voulaient partir. »

Au bout de 15 minutes, Cassius ouvre la porte. « C’était la plus belle créature qu’on avait jamais vu. On oublie à quel point Cassius Clay était grand (191 cm, NDLR), parce qu’il était si parfait. En riant, il leur dit : Allez les Beatles, allons faire de l’argent ! Et ils l’ont suivi comme des gamins. » Dans une salle pleine à craquer, les cinq légendes montent sur le ring, comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Clay donne un faux coup de poing à George Harrison, qui s’écroule, les trois autres l’imitent en tombant comme des dominos et s’allongent ensuite mimant la terreur sous le corps immense du boxeur levant les bras en signe de triomphe. 

À la fin du shooting, les quatre de Liverpool remontent dans leur limousine, et le kid de Louisville s’entraîne devant un parterre de fan ayant déboursé 50 cents pour l’admirer. Lipsyte conclut : « Il sont retournées à leurs affaires et lui aux siennes. Puis quelques minutes plus tard, il (Clay) m’appelle et me dit : « C’était qui ces petites chochottes ? » Une semaine plus tard, Cassius Clay vient à bout de Liston qui abandonne au bout de six rounds. Exalté, il danse au milieu du ring en scandant « I'm the Greatest ». En 1973, Ringo Starr sort un single justement intitulé du même slogan. Les paroles ne sont pas signées par le batteur, mais par John Lennon, sans doute meilleur songwriter que parieur. ||

Information

Le récit des Inrocks mérite quelques précisions afin de mieux situer le contexte historique. Au mois de janvier 1964, les Beatles donnent une série de concerts à l'Olympia de Paris et apprennent qu'ils ont atteint le sommet du hit-parade américain avec leur chanson I Want to Hold Your Hand. Une première pour un groupe anglais. Le 9 février, 73 millions de téléspectateurs américains et des millions d’autres au Canada regardent la chaîne CBS pour assister aux débuts des Beatles à la télévision américaine sur le plateau du Ed Sullivan Show. Un événement culturel marquant dans l'histoire des États-Unis et qui demeure l’un des moments de télévision les plus vus de tous les temps. Le 16 février, en Floride à Miami pour leur deuxième apparition au Ed Sullivan Show, les Beatles attirent de nouveau plus de 70 millions de téléspectateurs. Présent au Deauville Hotel, lieu de la retransmission en direct : Sonny Liston. Ceci peut être vérifié dans la vidéo officielle. Il est donc faux comme l'écrit Les Inrocks sur son site que le groupe britannique était inconnu du boxeur américain, puisque deux jours auparavant il assistait au spectacle des musiciens. À noter une remarque caustique de Cassius Clay à John Lennon : « Vous êtes moins cons que vous en avez l'air. » Réponse : « C'est pas comme toi. » À tout seigneur tout honneur.

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