Swiss Beatles Fan Club

29 août 2016


Cinquantième anniversaire du dernier concert des Beatles
au Candlestick Park de San Francisco


Jusqu'en 1966, les Beatles enchaînent, à un rythme très soutenu, des tournées, des compositions, des séances d'enregistrement et des sorties de singles et d'albums. Mais plus leur succès grandit, plus leurs prestations publiques se déroulent dans des conditions impossibles, dans des salles ou des espaces en plein air de plus en plus grands, alors que les moyens de sonorisation sont encore balbutiants, et surtout, sous les cris stridents de la gent féminine, qui couvrent complètement leur musique. Au point qu'ils ne s'entendent pas jouer et se rendent compte finalement que le public ne les entend pas non plus. La différence entre leur production en studio, de plus en plus complexe, et ce qu'ils arrivent à délivrer sur scène, devient flagrante. Leur répertoire scénique reste quasiment le même au fil des années — des standards comme Rock 'n' Roll Music ou Long Tall Sally seront notamment joués jusqu'au bout —, et ils constatent les dégâts dès qu'ils s'attaquent à des titres plus récents.

Après une série de concerts débutée le 1er mai 1966 en Europe, trois dates à Tokyo déclenchent une demande de 209 000 billets. L'ambiance est étouffante, les Beatles restent cloîtrés dans leur hôtel et bénéficiant de la plus grande protection policière jamais vue au XXe siècle pour un groupe ou un artiste, avec un dispositif (35 000 fonctionnaires mobilisés) de même ampleur que celui mis en place deux ans plus tôt pour les Jeux olympiques. Suite à ces représentations dans la capitale japonaise, les événements vont se précipiter. À Manille, aux Philippines, l'histoire vire au cauchemar, ils passent tout près d'un lynchage, pour avoir malencontreusement snobé une réception donnée en leur honneur par la redoutable Imelda Marcos, épouse du dictateur Ferdinand Marcos. Toute protection policière leur est retirée lorsqu'ils repartent, une foule hostile les attend à l'aéroport, ils sont agressés, parviennent difficilement jusqu'à leur avion qui va rester bloqué sur la piste, le temps que leur manager Brian Epstein, sous la pression, accepte de se faire délester de la recette des quelques 100 000 billets vendus pour leurs deux concerts.


Tournée américaine mouvementée

Cette énorme frayeur les décide déjà à tout arrêter, mais il leur reste des dates estivales à honorer aux États-Unis. Là-bas, ils subissent les conséquences de la tempête provoquée par les paroles de John Lennon à propos du christianisme. Dans le Sud, leurs disques sont brûlés, piétinés en public, interdits de diffusion, des menaces proférées, notamment du Ku Klux Klan et les Beatles craignent réellement pour leur sécurité. La ville californienne de San Francisco a beau être tolérante et vibrer aux prémices du mouvement hippie, ce contexte oblige à mobiliser 200 policiers, sans compter les vigiles pour l'ultime programmation américaine au Candlestick Park. Seulement 25 000 billets entre 4,50 et 6,50 dollars ont été vendus pour 31 000 disponibles, ce qui a conduit la radio rock KYA, partenaire de l'opération, à organiser des jeux pour distribuer les billets restants. La société Tempo, productrice de l’événement, aura bien du mal à récupérer sa mise une fois qu’elle aura versé 90 000 dollars au groupe.

Ce lundi 29 août 1966, le programme des Beatles est minuté comme une visite papale : ils resteront sur place le temps du concert puis rentreront dans la nuit à Los Angeles préparer les valises du départ en Angleterre. Ils sont habitués à vivre à ce rythme, et à affoler les compteurs du Guinness des records. En dix-sept jours aux États-Unis, ils ont séjourné dans quatorze villes, donné dix-neuf concerts, gagné 300 000 dollars à New York et 250 000 à Los Angeles. Au Candlestick Park, onze titres sont interprétés en un peu moins de 35 minutes, sur une scène entourée de grillages, au milieu d'une pelouse où la chasse policière aux fans déchaînés bat son plein. En plein concert, cinq spectateurs se jetèrent violemment sur la scène dans le seul but d'être arrêtés par le service de sécurité. Les Beatles continuent de jouer, rassurés par le fait que leur bus est à proximité en cas de problème, le chauffeur ayant reçu l'instruction de laisser tourner le moteur pendant le concert. Malgré ces quelques débordements, cette dernière prestation fut un triomphe et considérée comme l'un des meilleurs de la tournée américaine d'août 1966.

Le poids de la Beatlemania

« À Candlestick Park, on s'est sérieusement dit que tout ça devait s'arrêter. On pensait que ce concert à San Francisco pourrait bien être le dernier, mais je n'en ai été vraiment certain qu'après notre retour à Londres. John voulait laisser tomber plus que les autres. Il disait qu'il en avait assez », explique Ringo Starr. « Je suis sûr qu'on pourrait envoyer quatre mannequins de cire à notre effigie, et que les foules seraient satisfaites. Les concerts des Beatles n'ont plus rien à voir avec la musique. Ce sont de foutus rites tribaux », dit John Lennon. « C'était trop, toutes ces émeutes et ces ouragans. La Beatlemania avait prélevé sa dîme, la célébrité et le succès ne nous excitaient plus », se remémorera George Harrison.

L'arrêt des tournées marque une première fissure dans la carrière des Beatles, partant du principe qu'un groupe de rock 'n' roll qui ne joue plus sur scène n'est plus vraiment un groupe. D'ailleurs, tandis que John s'exclame « Mais qu'est-ce que je vais faire maintenant ? » — il partira en fait tourner le film How I Won the War à Almería en Andalousie, avec Richard Lester —, George déclare tout de go « Je ne suis plus un Beatle désormais ». Il faut que Paul McCartney entraîne tout le monde dans une nouvelle direction pour redonner un second souffle au groupe, un nouveau départ, loin des foules hystériques. Un projet qui consiste à envoyer une autre formation, imaginaire, en tournée à leur place. Celle du « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band » (Club des Cœurs Solitaires du Sergent Poivre). Faisant place aux années des tournées, celles des studios ouvriront une nouvelle ère riche en créativité.

Le 30 janvier 1969, pour les besoins du film Let It Be du réalisateur Michael Lindsay-Hogg, les Beatles font un dernier concert « privé » de 42 minutes sur le toit de leur société londonienne Apple Corps. Le 10 avril 1970, Paul McCartney officialise la séparation du quatuor de Liverpool, ouvrant une carrière solo à chacun de ses membres. John Lennon et son épouse Yoko Ono forment le groupe Plastic Ono Band, Paul et Linda McCartney celui des Wings. En 1988, George Harrison, Bob Dylan, Tom Petty, Jeff Lynne et Roy Orbison se retrouvent dans le supergroupe Traveling Wilburys pour l'enregistrement d'albums. Un an plus tard, le All-Starr Band accompagne Ringo Starr dans ses tournées. John Lennon, le fondateur des Beatles, est assassiné le 8 décembre 1980 à New York. Au milieu des années 90, les trois survivants se retrouvent pour le projet Anthology et enregistrent deux chansons avec la participation « virtuelle » de Lennon (chant, piano et boîte à rythme) grâce à deux maquettes données par Yoko Ono. Un troisième titre ne sera pas finalisé. George Harrison décède de maladie le 29 novembre 2001 à Los Angeles.
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Setlist du Candlestick Park

01 | Rock and Roll Music Chuck Berry
02 | She's a Woman Lennon / McCartney
03 | If I Needed Someone Harrison
04 | Day Tripper Lennon / McCartney
05 | Baby's in Black Lennon / McCartney
06 | I Feel Fine Lennon / McCartney
07 | Yesterday Lennon / McCartney
08 | I Wanna Be Your Man Lennon / McCartney
09 | Nowhere Man Lennon / McCartney
10 | Paperback Writer Lennon / McCartney
11 | Long Tall Sally Johnson / Blackwell / Penniman
Les Beatles arrivent au stade et le quittent en fourgon blindé, entourés de vigiles.