Swiss Beatles Fan Club

5 août 2016


L'album Revolver des Beatles fête son 50e anniversaire


« Si Rubber Soul était l'album de l'herbe, Revolver est celui de l'acide », reconnaissait John Lennon. Témoignages de l'évolution de leur consommation de drogues, ces disques affirmaient surtout un stupéfiant crescendo : les Beatles et la pop basculaient dans l'âge adulte et le monde de l'art. Rubber Soul, sorti en décembre 1965, avait étonné par sa diversité et ses expériences orchestrales. Publié le 5 août 1966 au Royaume-Uni, Revolver accélérait radicalement ce processus, en embarquant dans un tournoiement psychédélique. Les Beatles deviennent un véritable groupe de studio et s'écartent de plus en plus de la scène. Considéré souvent comme une album majeur de la carrière des Beatles et l'un des plus influents de tous les temps par les critiques, figurant entre autres à la troisième place dans la liste des 500 plus grands albums de tous les temps du magazine Rolling Stone. Leur créativité artistique explose alors et sera confirmée avec l'album suivant, l'emblématique Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, en 1967.

Tomorrow Never Knows donne le ton de l'aventure. Premier titre enregistré, à partir d'avril 1966, dans les studios d'EMI, il fait figure de conclusion hallucinée de l'album. Sur un texte de John Lennon inspiré d'un livre coécrit par le gourou du LSD, Timothy Leary, le groupe se livre à une orgie d'innovations sonores. Par son motif rythmique obsédant, peut également être considéré comme précurseur de la musique techno. Le producteur George Martin, en traducteur de fantasmes, a déployé boucles de bandes magnétiques et effets de production. McCartney apporte également sa contribution dans la confection de certaines boucles sonores. La voix de Lennon se transforme, disait-il, en un « dalaï-lama chantant du plus haut sommet du monde ». Le rire de McCartney se mue en cris de mouettes, les guitares sont inversées et torturées...

Si d'autres morceaux ont poussé avec des psychotropes pour fertilisants (I'm Only Sleeping, Love You To, signé par un George Harrison de plus en plus fasciné par l'Inde), Revolver resplendit aussi d'une efficacité préservée (le sarcastique Taxman, le radieux Good Day Sunshine, l'enfantin Yellow Submarine...) et d'une inspiration mélodique au sommet. Paul McCartney se surpasse, en particulier, en terme de délicatesse harmonique et de refrains brise-cœur avec Here, There and Everywhere, For No One ou Eleanor Rigby. Évocation émouvante des solitaires anonymes, cette dernière bouleverse aussi par la présence dramatique d'un quatuor à cordes.

Une preuve du talent d'arrangeur de George Martin, mais également le résultat des initiatives d'un jeune ingénieur du son de 19 ans, Geoff Eymerick. En rapprochant les micros des violons, mais aussi en rendant plus percutants la basse de Paul, la batterie de Ringo ou la guitare de George, le garçon participait de manière décisive au tranchant caractéristique de Revolver. Un mélange d'imagination libérée et de classe électrique, parfaitement incarné par la mythique pochette noir et blanc dessinée par Klaus Voorman, ami des Beatles depuis leurs débuts à Hambourg. ||

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