Swiss Beatles Fan Club

19 décembre 2016


Noël de la ville de Lausanne :
le film A Hard Day's Night des Beatles au cinéma Capitol


Pour la cinquième année consécutive, le Service de la culture de la Ville de Lausanne et la Cinémathèque suisse invitent la population à fêter Noël sous le signe du septième art. Sur l’écran géant du Capitole, aujourd’hui la plus grande salle de cinéma de Suisse encore en activité, sera projeté le premier film des Beatles : A Hard Day's Night (1964) de Richard Lester. La séance sera suivie du verre de l'amitié.

A Hard Day's Night

Au milieu des années 1960, les groupes en vogue aux États-Unis font presque automatiquement des apparitions au cinéma, dans des films aux récits « gadgétisés », pensés uniquement pour assurer de petites transitions entre des captations de chansons. Imaginez une version cinématographique de ces compilations fourre-tout et sans âme qu’on achetait dans les années 1990’s, et vous ne serez pas très loin du compte ! Ayant tout juste conquis l’Amérique, les Beatles préféraient ne pas faire de cinéma que de se voir ainsi catalogués. Avec le producteur Walter Shenson, le réalisateur Richard Lester et le scénariste Alun Owen, ils allaient transformer un « petit » film – atypique mais tourné en deux mois et pour pas grand-chose – en un véritable mythe qui permettrait de prolonger, par la force des images, celui qui tenait déjà à leur musique.

Il est nécessaire de prendre la mesure du tremblement de terre que représentait A Hard Day’s Night en son temps. La séquence d’ouverture, qui lance immédiatement la chanson-titre tandis que les « quatre garçons dans le vent » se font pourchasser dans les rues de Liverpool par une foule en délire, constitue déjà en soi un « coup » de mise en scène et d’utilisation de la musique au cinéma, comme le film en offrira plusieurs. L’extrême dynamisme du montage et la multiplication des angles de prise de vue – dont certains débouchent parfois sur un flou, voire une certaine abstraction plastique – contiennent en germe l’esthétique du clip « à la MTV », dont les recettes se standardiseront bien vite…

Il faut voir comment de brusques mouvements d’appareil, osés pour l’époque, augmentent l’impression de délire d’une horde de fans. Tout au long du film, la caméra saisira l’hystérie – parfois hilarante, toujours frappante – de ces foules dont se détachent des visages inoubliables (coup de cœur pour la blonde en détresse du concert final : impayable !). Filmés sous toutes les coutures durant leurs prestations scéniques finales, leur image diffractée par plusieurs écrans, « mêlés » à leur public par le montage – de manière changeante selon le rythme et le registre des chansons -, les Beatles ne sont que rarement seuls à l’écran durant les scènes musicales : ils interagissent sans cesse avec leur environnement.

Mais l’innovation tient également au soin apporté à l’histoire (relativement au genre du « film de groupe de musique », qu’on s’entende bien) : les Fab Four, en tournée de leur Liverpool natal à Londres, tentent en permanence de se soustraire à l’autorité envahissante de leur manager et de composer avec la folie du grand-père de Paul, dont la devise est de semer le désordre et l’anarchie partout où il passe ! La meilleure surprise du film, c’est le talent comique que les Beatles mettent au service de ce fil narratif ténu mais suffisant pour nous faire déborder 1 h 30 d’humour et de vitalité. Plus encore que Paul et son grand-père dévergondé, John le tombeur invétéré ou George et son flegme à toute épreuve, c’est avant tout le batteur Ringo qui assure le show côté comédie. Sa maladresse enfantine le rapproche directement de Harpo, le plus célèbre des Marx Brothers, auxquels le réalisateur a forcément pensé…

Avec ses flots de répliques bien balancées et un sens certain de l’absurde (des figures comiques secondaires gravitent autour du quatuor, clowns involontaires d’un grand cirque permanent), la comédie dialogue naturellement avec les morceaux musicaux, l’ensemble reposant avant tout sur un grand sens du rythme. Fond et forme s’allient ainsi pour célébrer l’avènement d’une jeunesse libérée dans l’Angleterre des années 1960. Le scénariste Alun Owen a d’ailleurs la bonne idée de mettre socialement en contexte cette petite révolution artistique et culturelle qu’amenèrent les Beatles, situant aussi ces derniers bien par rapport aux kids des rues – ils n’en sont pas si éloignés – que vis-à-vis des bourgeois traditionalistes pour qui « la dernière mode, c’est d’être enthousiaste et de droite » (scène génialement subversive avec George et le directeur d’une collection de vêtements). A Hard Day’s Night ne fait donc pas que soigner l’écrin qu’il donne à ses passages musicaux à la mise en scène inventive : il offre au mythe des Beatles sa cristallisation idéale, en musique et en images, et un instantané toujours grisant d’une jeunesse d’antan, débordante d’un esprit de joyeuse rébellion.
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Mardi 20 décembre 2016, à 19 h.
Cinéma Capitole, avenue du Théâtre 6, 1005 Lausanne (Suisse), Tél. 058 800 02 00.
Entrée gratuite. Transport public et parking à proximité.


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