Swiss Beatles Fan Club: Paul McCartney et John Lennon ont dit non à l'Angleterre

23 mars 2017

Paul McCartney et John Lennon ont dit non à l'Angleterre

Paul McCartney et John Lennon ont dit non à l'Angleterre

L'ancien vice-premier ministre d'Irlande du Nord (de 2007 à 2017) Martin McGuinness est mort, ce mardi 21 mars, à 66 ans. Quarante-cinq ans plus tôt, l'ex-dirigeant de l'IRA (Armée républicaine irlandaise) participait, à 21 ans, en tant que numéro deux de l'organisation armée, au conflit nord-irlandais à Derry, dont la journée du « Bloody Sunday » du 30 janvier 1972 restera gravée dans les mémoires. Quatorze personnes sont mortes dont sept adolescents tués par le 1er bataillon du régiment de parachutistes de l'armée britannique : treize personnes sont tombées directement sous les balles et la mort d'un autre homme quatre mois plus tard a été attribuée à ses blessures. Quatorze personnes furent également blessées, douze par balles et deux écrasées par des véhicules militaires. Cinq de ces blessés ont été touchés dans le dos. Ce « Dimanche sanglant » aura fortement inspiré des interprètes britanniques comme Paul McCartney, John Lennon ainsi que l'emblématique groupe de rock U2. Le réalisateur anglais Paul Greengrass reviendra, lui aussi, sur ce massacre historique, dans le film politiquement engagé Bloody Sunday, sorti en 2002.

Give Ireland Back to the Irish, Wings (1972)

Le premier à témoigner en chanson suite à ce dimanche tragique est Paul McCartney, alors membre des Wings, et écrit le titre Give Ireland Back to the Irish quatre semaines après la tuerie. Jugé trop controversé, il est interdit de diffusion en Angleterre et quelques concerts du groupe sont annulés au Royaume-Uni. Si certains y voient une manière de relancer sa carrière après la séparation des Beatles, d'autres, comme le critique musical Stuart Maconie soutiennent le chanteur de Liverpool, il affirme à la BBC : « Je pense que, comme beaucoup d'autres, McCartney a simplement été horrifié par le “ Bloody Sunday ”. Et en tant qu'enfant de la diaspora irlandaise très présente dans le nord-ouest de l'Angleterre, il a ressenti le drame encore plus intensément. » Peu après la sortie de ce titre, Paul répondait à une interview de Tim White : « J'ai toujours juré de ne pas faire de chansons politiques, mais il y eut ce massacre, alors que ces personnes faisaient une manifestation pacifique. Nos soldats, des parachutistes de l'Armée de mon pays, sont venus et ont tué des gens. Nous nous battions contre les Irlandais, c'était comme être en guerre avec eux. Et j'ai grandi avec cette idée que les Irlandais sont bons, ils sont nos compagnons, nos frères. »

Sunday Bloody Sunday, John Lennon (1972)

John Lennon est aussi descendant d'Irlandais. Dans la foulée des événements, le fondateur des Beatles sort en juin 1972 son double album Some Time in New York City où l'on retrouve, l'une après l'autre, deux chansons coécrites avec sa compagne Yoko Ono. Sur le premier titre Sunday Bloody Sunday, le chanteur pacifiste y dénonce le massacre perpétré par l'armée britannique à Derry. « C'était le dimanche sanglant quand ils ont tiré sur les gens présents. Les cris de treize martyrs emplissaient l'air de Derry », chante l'interprète d'Imagine. Suite à ce jour meurtrier, Lennon déclare : « Si c'est un choix entre l'IRA et l'armée britannique, je suis avec l'IRA. » Si Sunday Bloody Sunday aux chœurs dissonants et au rythme violent appel à répondre au massacre éponyme en « repoussant les Anglais à la mer », la seconde composition The Luck of the Irish, sous des dehors beaucoup plus doux de ballade irlandaise, est en réalité beaucoup plus violente dans son propos, où le couple Lennon n'hésite pas à accuser les Britanniques de génocide.

Sunday Bloody Sunday, U2 (1982)

Dix ans plus tard, en 1982, le quatuor britannique U2 compose Sunday Bloody Sunday, l'un de ses plus grands tubes. Créé par The Edge, le guitariste du groupe, et retravaillé par Bono, le premier titre de l'album War rend hommage aux victimes du drame présentes au cours de la marche de l'association nord-irlandaise pour les droits civiques réclamant la paix entre protestants et catholiques. Pourtant, à sa sortie, la chanson engagée reçoit un accueil mitigé, U2 étant accusé d'être trop proche de l'IRA. En 2017, trente-cinq ans après sa sortie, Sunday Bloody Sunday, interprété plus de 600 fois en concert par ses créateurs, reste encore dans les mémoires comme un titre symbole mondial de paix. Le groupe l'a souvent dédié aux victimes du conflit israélo-palestinien, des attentats de Bali en 2002 et plus récemment des attaques terroristes du 13 novembre à Paris.

Bloody Sunday, film réalisé par Paul Greengrass (2002)

Pour le trentième anniversaire du « Bloody Sunday », Paul Greengrass réalise un film sur le drame survenu le 30 janvier 1972. Pour cette fiction, le cinéaste a souhaité rester le plus fidèle possible à la réalité des faits. Pour cela, il s'est entouré non pas d'acteurs professionnels, mais de témoins de l'époque. « Je crois que ce film peut être très utile. Il peut nous aider à tourner plus vite la page du “ Bloody Sunday  », déclare alors sur la BBC, Ivan Cooper, leader de la marche nord-irlandaise à Derry. Le long-métrage sera doublement honoré, l'année de sa sortie en 2002, du Prix du public au Festival de Sundance et de l'Ours d'Or à la Berlinale.
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