Swiss Beatles Fan Club

2 juin 2017


Les 50 ans de Sgt. Pepper dans le magazine Rolling Stone


« J’ai encore du mal à croire que, cinquante ans plus tard, nous soyons encore en train de travailler sur ce projet avec une telle passion. Et il y a de quoi être un peu étonné de voir comment quatre gars coachés par un grand producteur accompagné de ses ingénieurs ont réussi à concrétiser une œuvre d’art aussi durable. » La formule est de Paul McCartney lui-même qui, malgré le demi-siècle écoulé depuis la sortie de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, est encore surpris du succès – et de la qualité – rencontré par cet album ô combien innovant, surprenant, ouvrant la voie au renouvellement du rock. Rien ne sera plus pareil après la sortie de ce 33 tours unique dans l’histoire de la pop music. Ringo Starr, quant à lui, précise : « Sgt. Pepper a su capturer l’ambiance de cette année, et il a également permis à beaucoup d’autres personnes de se lancer dans une carrière de musicien. »

Car oui, il fallait trouver une suite après le sidérant Revolver, sorti en 1966 : être à l’avant-garde de la pop n’est pas une sinécure et préserver le statut du groupe le plus créatif de sa génération n’a pas été une mince affaire. Imaginer la pression dans laquelle se trouvaient les Fab Four donne une idée du vertige. Créer un album aussi complexe, profond et innovant n’est pas donné à tout le monde. Les Kinks, les Stones, les Beach Boys – pourtant auréolés de frais avec le fantastique Pet Sounds –, n’en sont pas revenus. Jagger et Richards, six mois plus tard, en décembre, iront même jusqu’à pasticher quelque peu la pochette de leurs confrères/challengers avec Their Satanic Majesties Request et plongeront dans un psychédélisme bon ton, mais loin d’être aussi élaboré que celui des Quatre de Liverpool. Car cet album regorge d’une richesse jusqu’ici encore inégalée – et les mots sont pesés : l’écriture, le concept, la forme, le son ou l’esthétique sont d’une rare perfection et les superlatifs manquent encore pour réussir à qualifier une œuvre d’une telle densité. Du jeu sur les dissonances de la chanson-titre au final en apothéose de A Day in the Life, ce collage sonore surréaliste, l’atmosphère que distille ce disque reste toujours douce, parfois même nostalgique.

C’est aussi le premier album noyé d’effets spéciaux. Le studio y est utilisé comme un instrument à part entière – travail déjà entamé sur le précédent opus avec notamment l’inégalable Tomorrow Never Knows – mais poussé à son paroxysme par la virtuosité et même le génie de George Martin, l’architecte sonore de cette œuvre ultime. Affirmer sans ambages que Paul, George, John et Ringo, une fois enfermés dans les studios d’Abbey Road, à Londres, ont inventé un son est largement en dessous de la vérité : mais en créant ce standard de production, ils en ont fait un chant du cygne. Car depuis, force est de le reconnaître, on a rarement fait mieux. Et bien que le « Double Blanc » soit aussi une merveille, il montre à l’évidence que le génie des quatre garçons dans le vent a pris toute sa dimension dans ces treize titres inoubliables.

Dire qu’en cinquante ans cet ensemble de joyaux pop n’a pas pris une ride relève de l’euphémisme : sa remasterisation, en 2009, en avait déjà montré la qualité et l’incroyable profondeur. Et pour célébrer le jubilé du Sergent Poivre, Macca et Ringo ont mis les petits plats dans les grands. Le coffret, somptueux, assorti de nouveaux documents sonores inédits – bien que certains circulent en pirate depuis des décennies – et accompagné d’images mises en scène dans un documentaire aussi passionnant que poignant, prouve à quel point le travail de fou qui aboutira à cet ouvrage unique a été ardu. On est loin des débuts, très loin même. On a oublié tous les She Loves You et autres I Wanna Hold Your Hand pour entrer dans la stratosphère de la composition, du songwriting – les textes deviennent ésotériques, ardus, pointus – et cela rend davantage cet ouvrage indispensable. Pas moins. Et pour cela, on leur devait bien la couverture du magazine que vous tenez entre les mains.
||

Éditorial du magazine « Rolling Stone », No 95, juin 2017. En vente dans les kiosques.

Information