Swiss Beatles Fan Club: Andy Babiuk, auteur du livre « Beatles Gear : The Ultimate Edition »

20 juillet 2017

Andy Babiuk, auteur du livre « Beatles Gear : The Ultimate Edition »

Andy Babiuk, auteur du livre « Beatles Gear : The Ultimate Edition »

Quatrième et dernière partie de l'interview d'Andy Babiuk par Mike Levine pour Audiofanzine.

Parlons des studios EMI [ appelés Abbey Road Studios en 1970 ], où les Beatles ont enregistré.

J'ai interrogé tous les ingénieurs qui travaillaient à EMI à l'époque. C'était un endroit un peu bizarre. Déjà, ils ne voyaient pas le studio d'enregistrement comme on le voit maintenant, c'est à dire comme un lieu de création. C'était plus une sorte de laboratoire.

On m'a dit que les ingénieurs devaient porter des blouses de laboratoire.

Ouais, c'était vraiment très « clinique ». Et très strict. Ils avaient une approche très scientifique.

Un truc qui m'a surpris à la lecture du livre, c'est que pendant les sessions de « Sgt. Pepper »,
Paul avait enregistré sa basse via une boîte de direct, qui venait d'être inventée par les ingénieurs d'EMI. La boîte de direct c'est un truc tellement évident de nos jours, c'est étonnant que ça leur ait pris jusqu'en 1967 pour l'inventer.


Je crois que c'est Ken Townsend qui l'a créée. C'est dans le livre. Ils voulaient inventer un moyen d'arriver à ce qu'ils appelaient la « direct injection » [ d'où le DI de DI box, nom anglais de la boîte de direct ]. En changeant l'impédance, parce qu'on ne peut pas brancher directement une basse dans la console à cause de la différence d'impédance. C'est tout simple quand on y pense.

C'est où je voulais en venir.

La raison, c'était qu'à EMI il y avait une approche très clinique, et on n'avait pas le droit de faire n'importe quoi avec le matériel. Il y a une histoire bien connue qui circule, que les ingénieurs qui ont travaillé sur cette session m'ont racontée. C'était pendant l'enregistrement du White Album. À cette époque, les Beatles vendaient des millions et des millions de disques à travers le monde.Il est probable qu'à eux seuls, ils permettaient de payer les salaires de tout le monde à EMI. Après le succès de Sgt. Pepper, ils se sont vu offrir du temps en studio pour y expérimenter musicalement. Mais ils n'avaient pas le droit de « maltraiter » le matériel. C'est ce que les ingénieurs m'ont dit. Si vous utilisiez le matériel d'une quelconque façon qui n'était pas approuvée par EMI, c'était considéré comme une façon de le maltraiter et vous receviez un avertissement, vous pouviez même être viré pour ça.

Même à cette époque, où les Beatles étaient au sommet ?

Ça va s'améliorer par la suite, vous allez voir. Les Beatles reviennent d'Inde, là-bas ils ont écrit toutes ces chansons acoustiques un peu basiques, ils reviennent avec et commencent à les enregistrer. Comme Blackbird ou Dear Prudence. Plein de chansons cool, mais douces. Et en 1968, à Londres, qu'est-ce qu'il se passe musicalement parlant ? Il y a Jimi Hendrix, il y a Cream, il y a plein de musiques bien « heavy » partout. Les Who étaient dans cette veine-là. Les Beatles ont écrit Revolution 1, qui est une sorte de blues cool, calme. Et Lennon se rend compte de ce qui est en train de se passer à Londres à l'époque. « Merde, il faut qu'on fasse un truc bien heavy. » Les ingénieurs qui travaillaient sur la session m'ont dit que Lennon était contrarié. Un jour, il est arrivé en disant: « On va jouer Revolution, mais on va la faire sous la forme d'un rock qui y va à fond, et je veux une guitare vraiment très distordue. »

Comment y sont-ils arrivés ?

Pour commencer, ils ont amené toutes ces pédales de fuzz, comme la Tone Bender et toutes les fuzz qui étaient dispo à l'époque, et Lennon les a essayées et il a dit : « C'est pas assez distordu, je veux que ce soit vraiment très, très distordu. » Alors un des ingénieurs m'a dit qu'il avait dit à John : « Écoute, John, ce que tu dis c'est que tu voudrais que toutes les fréquences du signal soient distordues. Les pédales de fuzz s'attaquent surtout au milieu du spectre, et c'est pour ça que le son ne correspond pas à tes attentes. Si je branchais la guitare directement dans la console via une de ces boîtes de direct, je pourrais faire saturer le préampli et le mettre à fond, et ça donnerait une distorsion sur la plus grande plage de fréquences que tu aies jamais entendue. Mais le problème, c'est que je me ferais virer. J'aurais beaucoup d'ennuis si je faisais ça. On ne peut pas le faire. » Et Lennon, faisant le malin, a répondu : « On s'en tape. » Du coup, voilà comment ils ont procédé : au studio 2 d'EMI, il y avait ces grosses portes en métal. Comme, vous savez, dans les écoles et tout ça, ils ont ces portes avec des poignées qu'on pousse pour sortir ? Ils ont pris l'un des stagiaires, et ils lui ont dit : « Tu mets cette chaise, tu places les pieds de la chaise pour bloquer les poignées, pour bloquer les portes elles-mêmes. » Du coup, on ne pouvait pas ouvrir les portes depuis l'extérieur. En fait, la chaise les bloquait. Lennon entre dans le studio, et ils ont fait leur truc, en saturant la console au début de Revolution cette guitare aux sonorités lourdes, pendant qu'un gamin surveillait la porte pour qu'ils n'aient pas de problème.

C'est dingue !

C'était ça, les Beatles pendant le « White Album ». Les Beatles auraient dû avoir peur qu'un mec se fasse virer ? Ils auraient pu dire : « on vous emmerde, on rachète ce putain de studio. »

On se demande ce qui se serait passé s'ils avaient pu enregistrer
dans un endroit où ils auraient vraiment eu les mains libres ?


Lennon était passionné par l'expérimentation. Pour la boîte de direct, il a dit à Ken Townsend : « OK, quand je chante, est-ce que tu peux me mettre ta boîte de direct dans la gorge ? » Il ne comprenait pas comment ça marchait. Il avait une autre idée, il voulait chanter dans un micro à travers de l'eau. Beaucoup d'ingénieurs m'ont dit qu'il n'aimait pas le son de sa propre voix. Il la détestait vraiment, et il voulait toujours qu'ils la changent et la fassent sonner différemment. Beaucoup de chanteurs sont comme ça, ils n'aiment pas le son de leur propre voix.
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