Swiss Beatles Fan Club

24 juillet 2017


Sgt. Pepper des Beatles : du noir et blanc à la couleur


Il est toujours difficile de résumer en quelques mots la création de Sgt. Pepper Lonely Hearts Club Band. Œuvre majeure qui ne limite pas qu’au disque, mais à ces diverses formes de répercutions qui changèrent le monde de la musique, mais aussi une part importante de la culture occidentale. Quant à la musique en elle-même, il y a bien entendu le titre A Day in the Life qui fit passer la créativité et la technologie musicales du noir et blanc à la couleur. L’album comporte selon l'avis des spécialistes, plusieurs chansons qui n’ont pas le même niveau que sur d’autres albums, voir même certaines reléguées en format 45 tours. Cependant, la finalité présente une étonnante et grande homogénéité qui donne cette impression de pensée globale. On regrettera éternellement l’absence de Strawberry Fields Forever et Penny Lane qui parurent dans la précipitation sur un 45 tours. Musicalement, on ne peut pas être catégorique en affirmant que c’est le plus grand album des Beatles. On retrouve ce sentiment auprès de nombreux fans.

On ne cessera jamais de rappeler l’importance fondamentale des techniciens des studios EMI d’époque, qui deviendront les fameux Abbey Road Studios en 1970. En particulier Geoff Emerick qui révolutionna la « mécanique » de l’enregistrement pour lui apporter ce son unique, sans compter la qualité exceptionnelle du mixage et du rendu mono au final. Bien sûr, comment ne pas penser au regretté George Martin ? Son rôle d’alors n’était plus aussi important qu’au début des Beatles. Ces derniers avaient pris le « contrôle » et Paul McCartney a été le directeur artistique de Sgt. Pepper. Pour preuve, la chanson She's Leaving Home dont les arrangements ont été composés par Mike Leander pour cause d’absence de Martin et liée à l'impatience de McCartney. Le producteur mythique des Beatles en fut affecté, mais accepta au final de produire le titre et digérer les instruments classiques.

Écrire comme le font en général les médias, que Sgt. Pepper a été pensé comme un album concept, n'est pas dans la justesse des choses. John Lennon et Ringo Starr ont démenti l'idée de conceptualisation. Elle l’est devenue d’une certaine façon en cours de route avec la confection de la pochette. On peut également préciser que ce n'est pas l'opus préféré de tous les Beatles. Lennon a dit qu’il préférait ses chansons du White Album, voir celles du Magical Mystery Tour. Starr a confessé qu’il s’était ennuyé pendant les sessions et qu’il avait appris à jouer aux échecs. George Harrison après avoir passé des mois en Inde était certainement plus concerné pas la culture orientale que de se retrouver enfermé des mois dans un studio avec en plus le carcan « Beatles ». Pour avoir été aux commandes, Paul McCartney a toujours fait le travail de promotion qu’il fallait.

Pas de Sgt. Pepper sans Pet Sounds

Il est aussi nécessaire de considérer l'avis positif et majoritaire des professionnels de la musique, tout comme la première place de l'album de tous les temps par le magazine Rolling Stone. La compréhension de Sgt. Pepper passe inévitablement par la deuxième place du classement avec Pet Sounds, l'œuvre intemporelle de Brian Wilson des Beach Boys. Lorsque ce génie de la mélodie affirme que le disque des Beatles est supérieur à sa création, il faut tendre l'oreille et bien comprendre la signification de ses propos pour considérer la valeur de la créativité des Beatles. C'est peut-être lui la personne la plus objective pour répondre à toutes ces questions posées ? Foudroyé par l'écoute de She's Leaving Home, que Paul McCartney lui interprètera directement au piano, le leader des Beach Boys fondra en larmes d'émotion, quelques semaines avant de tomber en panne sèche dans la création de Smile. Avec Pet Sounds, il croyait avoir enregistré le plus grand album de tous les temps… Consolation, McCartney considère Pet Sounds comme le plus grand disque, il a plusieurs fois déclaré qu'il était son préféré (God Only Knows étant sa chanson favorite). George Martin dira que sans Pet Sounds il n’aura pas eu de Sgt. Pepper.

Ces dernières années avant que Giles Martin (le fils de George) ne refasse le mixage stéréo pour l’édition anniversaire 2017, Sgt. Pepper était l’album dit « période studio » qui avait probablement le plus pris la « poussière » du temps. Le travail de haut niveau de Martin a permis de « rafraîchir » le son sans dénaturer l’œuvre en elle-même. Équilibre dangereux, mais parfaitement maîtrisé dans le cas présent. C’est donc un grand plaisir de pouvoir réécouter l'emblématique production des Beatles dans de nouvelles conditions qui mettent en valeur les subtilités de la création et du son. On soulignera la qualité des musiciens comme les fameuses lignes de basse innovantes de Paul McCartney, mais surtout la présence essentielle du jeu de batterie de Ringo Starr, A Day in the Life étant un parfait exemple.
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Michel Haas, fondateur du Swiss Beatles Fan Club
Commentaire à l'article de Marc-André Miserez publié le 11 juillet 2017 sur le site « swissinfo.ch »,
média d’information de la Confédération suisse à destination de l’étranger.


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