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6 octobre 2019

Ginger Baker décédé : hommage de Paul McCartney et Ringo Starr

Ginger Baker décédé : hommage de Paul McCartney et Ringo Starr

Peter Edward « Ginger » Baker, le légendaire batteur du groupe de rock britannique Cream, est mort au matin du dimanche 6 octobre, a annoncé sa famille. Il était âgé de 80 ans. « Nous sommes très tristes d'annoncer que Ginger est décédé paisiblement à l'hôpital ce matin. Merci à tout le monde pour vos gentils mots ces dernières semaines », est-il écrit dans un message publié sur le compte Twitter du musicien. Ginger Baker est l'un des trois grands batteurs britanniques ayant marqué dans la seconde moitié des années soixante l'histoire du rock, avec Charlie Watts des Rolling Stones et Mitch Mitchell au sein du Jimi Hendrix Experience. Eric Clapton est désormais le seul survivant du trio mythique Cream après la disparition du bassiste Jack Bruce, le 25 octobre 2014. Tout au long de sa vie de globe-trotter, Ginger Baker n'a jamais cessé de jouer, ses percussions sont réputées pour leur style, leur sens du spectacle et l'utilisation de deux tambours à la place du tambour traditionnel. À ses débuts, il a interprété de longs solos de batterie, notamment dans la chanson « Toad » de Cream, l'un des premiers exemples enregistrés dans la musique rock. Baker a été intronisé au Temple de la renommée du rock and roll en tant que membre de Cream (1993), du Temple de la renommée du batteur moderne (2008) et du Temple de la renommée du batteur classique (2016). En 2006, Cream a reçu un Grammy Award pour l'ensemble de son œuvre. Baker a également été nominé pour un Grammy en 1968 en tant que meilleur nouvel artiste. Depuis l’annonce du décès, les messages ont déferlé sur les réseaux sociaux. Les deux ex-Beatles encore vivants ont témoigné leur sympathie : « Ginger Baker était un batteur génial - un mec sauvage et charmant. Nous avons travaillé ensemble sur l’album Band on the Run dans son studio ARC de Lagos, au Nigeria. La nouvelle de sa mort m'attriste, mais les souvenirs sont là pour toujours. », a exprimé Paul McCartney. Quant à Ringo Starr, autre batteur de légende, il a partagé ces quelques mots pour son collègue disparu : « Dieu bénisse GB, incroyable musicien, batteur déchaîné et inventif. Paix et amour à sa famille. »

Né à Lewisham, un quartier du sud-ouest de Londres, le 19 août 1939, il devient orphelin de père à quatre ans, mort sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir failli embrasser une carrière de cycliste, fait ses premières armes dans le milieu d'un jazz britannique qui s'ouvre alors au rhythm'n blues. À ses débuts, il joue dans les Blues Incorporated d'Alexis Korner et Cyril Davies, qui comprend de nombreux musiciens de passage, allant et venant, Charlie Watts, Mick Jagger et Jack Bruce. Il quitte les Blues Incorporated et, en compagnie de Jack, il rejoint les différentes formations de Graham Bond jusqu'en 1966. Puis devenu le leader de ce groupe, il expulse Jack et quitte finalement lui-même le groupe un peu plus tard. Toujours en 1966, celui qu'on va surnommer « le premier batteur superstar du rock » fonde Cream, avec Eric Clapton et Jack Bruce comme bassiste. Le trio sort quatre albums (Fresh Cream en 1966, Disraeli Gears en 1967, Wheels of Fire en 1968, et Goodbye en 1969). En 1968, le groupe se sépare après une tournée d’adieu triomphale, dont un concert historique filmé au Royal Albert Hall (Londres). Cream se reformera en 2005 pour trois nouveaux concerts dans le célèbre Royal Albert Hall. Ginger Baker est avec Clapton, en 1969, au sein du super-groupe Blind Faith comprenant Steve Winwood et Ric Grech. Au début des années 1970, il tourne et enregistre avec un groupe de jazz-rock : Ginger Baker's Air Force. À la tête de cette formation où figure l'organiste Stevie Winwood, il interprète un rock psychédélique aux accents rythm'n blues, avec des incursions dans la folk music, l'inclusion de chants indigènes et de percussions africaines. C'est aussi la rencontre avec Fela Kuti, roi de l'afrobeat, qui donne naissance au disque Live ! en 1971. Il enregistre Stratavarious en 1972 aux côtés de Bobby Tench et Fela Kuti. Après avoir lancé le projet 14 mois auparavant et rencontré de nombreuses difficultés, il ouvre les portes du studio d'enregistrement Batakota (ARC) en janvier 1973, à Lagos au Nigeria, premier studio 16 pistes fondé en Afrique. C'est dans ce cadre que la même année Ginger Baker collabore aux percussions sur le titre « Picasso’s Last Words (Drink To Me) » de Paul McCartney et des Wings pour l'album Band on the Run.

En 1976, il traverse le Sahara avec Keith Gerrard. Ce voyage a duré quatre jours et a été le plan du premier Rallye Paris-Dakar en 1978. Il forme le Baker Gurvitz Army en 1974 et enregistre trois albums, ils se séparent en 1976. En 1980, il rejoint les Hawkwind pour un album et une tournée. En 1985, il enregistre avec Public Image Ltd de John Lydon pour le disque nommé Album. Depuis 1986, Ginger Baker a sorti plusieurs opus de jazz fusion, dont Going Back Home en 1993, avec deux autres musiciens explorateurs, le guitariste Bill Frisell et le contrebassiste Charlie Haden. Il a également tourné avec des groupes de styles variés (jazz, musique classique, rock). Dans ces années 80, il fonde un école de batterie à Milan. En 2012, sort le documentaire Beware of Mr. Baker sur la vie de Ginger Baker, réalisé par Jay Bulger. En février 2013, il vit en Afrique du Sud et annonce souffrir d'une maladie pulmonaire obstructive chronique, causée par des années de tabagisme et de douleurs dorsales chroniques provoquées par l'arthrose. En 2014, paraît son dernier album intitulé Why ? En juin 2016, il subit une opération à cœur ouvert. En mars 2016, il annonce qu'il lui est maintenant fortement déconseillé de donner de nouveaux concerts, à cause de problèmes cardiaques. Il meurt le 6 octobre 2019 dans un hôpital à Londres. Ginger Baker a été marié quatre fois et a eu trois enfants. Il avait déclaré à sa première femme que si elle lui demandait de choisir entre sa batterie et elle, il choisirait la batterie. Au cours de sa longue carrière, pionnier de la percussion entre rock, jazz fusion, world music et collaborations explosives, Ginger Baker fut aussi adulé que redouté en raison de sa personnalité imprévisible, prompte aux accès de violence. Dans ses mémoires, Hellraiser, The Autobiography of The World’s Greatest Drummer (John Blake Publishing, 2009), Baker admettait, entre quelques diatribes contre le monde entier, avoir été son premier ennemi, en raison de son tempérament colérique. À cela s’ajoutent un père loin d’être modèle, un investisseur malchanceux dans des affaires extra-musicales et une vingtaine d’années marquées par son addiction à l’héroïne dont il dira avoir arrêté à « 29 reprises ». Ginger Baker a été, dans les sixties, le plus flamboyant des batteurs de l’histoire du rock, la première superstar de l’instrument d’une musique qui, ironiquement n’était pas la sienne. Musicien d’exception, il avait toujours insisté pour être présenté comme un musicien de jazz, la musique de ses débuts, celle vers laquelle il revenait régulièrement et qui lui aura apporté les plus grandes satisfactions artistiques, avec ses explorations des polyrythmies des musiques africaines. ||

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Ginger Baker au Cream's Farewell Concert (Royal Albert Hall, Londres, 26 novembre 1968).

5 octobre 2019

L'album «Abbey Road» des Beatles de nouveau en tête du hit-parade

L'album «Abbey Road» des Beatles de nouveau en tête du hit-parade

Le mythique album Abbey Road des Beatles est de nouveau en tête du hit-parade au Royaume-Uni, 50 ans après sa première édition, battant par la même occasion le propre record du groupe anglais du plus grand intervalle entre deux passages au sommet du classement. L'édition spéciale remixée par Giles Martin et Sam Okell, sortie le 27 septembre à l'occasion de son cinquantième anniversaire et enrichie de matériel inédit, s'est hissée ce vendredi 4 octobre au premier rang de musique la plus écoutée et achetée. Lors de sa publication, l'album était resté numéro 1 au Royaume-Uni pendant 17 semaines. Le dernier album studio des Beatles, bien qu'il précède la sortie de Let It Be (1970), enregistré avant, était sorti le 26 septembre 1969, six jours après que John Lennon eut informé ses partenaires qu'il quittait le groupe. L'iconique photo de la pochette prise le 8 août 1969 par le photographe écossais Iain MacMillan, devenue l'une des plus célèbres de l'histoire de la musique, montre les quatre musiciens traversant un passage piétons devant les studios d'enregistrement Abbey Road, sur la rue du même nom. John Lennon ouvre la marche, suivi de Ringo Starr, Paul McCartney pieds nus et George Harrison. Le nom The Beatles ainsi que l'appellation de l'opus ne figurent pas sur la face principale de la couverture d'Abbey Road, sur Rubber Soul (1965) il y avait que le titre de l'album. « J'ai du mal à croire qu'Abbey Road tienne le coup après toutes ces années. Mais d'un autre côté, c'est un album vraiment cool », a tweeté Paul McCartney. Il y a deux ans, la réédition pour son cinquantième anniversaire de l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, que le magazine Rolling Stone avait qualifié du plus grand album de tous les temps, avait elle aussi fait son grand retour en tête des charts après 49 ans et 125 jours. Un record désormais battu par Abbey Road, qui a retrouvé les rayons des disquaires après 49 ans et 252 jours. Le mois dernier, des centaines de fans des Beatles se sont rassemblés dans la rue devant les studios, dans le nord-ouest de Londres, pour célébrer les cinq décennies passées depuis que les Fab Four ont traversé le fameux passage piétonnier. L'album, qui comprend des chansons comme « Come Together » et « Here Comes the Sun », a également été le vinyle le plus vendu de la semaine, avec environ 9000 exemplaires commercialisés. ||

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26 septembre 2019

Cinquantième anniversaire de l'album «Abbey Road» des Beatles

Cinquantième anniversaire de l'album «Abbey Road» des Beatles

Abbey Road est le onzième album original publié par les Beatles, paru le 26 septembre 1969 au Royaume-Uni, et le 1er octobre aux États-Unis. Il est le premier du catalogue des Fab Four à être enregistré en mode stéréo. Bien que sa sortie précède celle de Let It Be, sorti en mai 1970, c'est le dernier album enregistré par le groupe de Liverpool. Le 20 août 1969, les quatre Beatles sont réunis pour la toute dernière fois en studio pour terminer « I Want You (She’s So Heavy) » et, vers la fin de septembre, au moment où le disque paraît, John Lennon met un terme au groupe en lui annonçant son départ définitif. La séparation des Beatles n'est toutefois officialisée que le 10 avril 1970 par un communiqué de Paul McCartney destiné à promouvoir son premier album solo. À noter que le 8 septembre, moins de trois semaines avant la sortie d'Abbey Road, John Lennon, Paul McCartney et George Harrison se retrouvent autour d'une table et évoquent le projet d’un futur album, dont un single pourrait sortir pour Noël. Cette information révélée en 2019 par Mark Lewisohn, historien mondialement reconnu des Beatles, figure sur un enregistrement audio inédit destiné à Ringo Starr, malade ce jour-là. Après l'échec des sessions du projet Get Back en janvier 1969, Paul McCartney, au nom de tout le groupe, contacte le producteur George Martin pour lui proposer d'enregistrer un album « comme avant ». Après quelques enregistrements effectués entre février et mai 1969, les quatre Beatles se réunissent une dernière fois aux studios EMI de Londres (qui seront renommés plus tard les studios Abbey Road), en juillet et août 1969, pour mettre en boîte une collection de chansons dont la plupart avaient été composées, répétées et/ou enregistrées sous forme de démos à l'époque du White Album et du projet Get Back, toutes retravaillées pour l'occasion. La pochette du disque reste une des plus célèbres de l'histoire de la musique, représentant les Beatles traversant un passage piéton londonien au croisement de Grove End Road et Abbey Road, face aux studios où ils ont enregistré presque toutes leurs chansons depuis 1962. Le cliché immortalisé par le photographe écossais Iain MacMillan fait naître une incroyable rumeur prétendant que Paul McCartney s'était tué dans un accident de voiture en novembre 1966, et qu'il avait été remplacé par un sosie (voir ci-dessous le lien « Histoire »). Cité comme un album particulièrement bien produit et remarquablement construit, un des plus influents aussi, à commencer par sa pochette, Abbey Road est un immense succès commercial, avec 30 millions d'exemplaires vendus dans le monde, soit la deuxième meilleure vente après Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967). Quarante ans après sa sortie, la popularité d'Abbey Road ne se dément pas, puisque c'est cet album qui devance toutes les œuvres du groupe au sommet des hit-parades à travers la planète à l'occasion de la réédition de tout le catalogue remasterisé en septembre 2009. Le classement du magazine Billboard 2017 des meilleures ventes de vinyles aux États-Unis conforte la tendance en plaçant au sommet Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (72.000 exemplaires) et Abbey Road (66.000 exemplaires). Pour célébrer ses 50 ans, le 27 septembre 2019 sort une réédition remixée d’Abbey Road par Giles Martin (fils de Sir George Martin, producteur historique des Beatles disparu en 2016) et de l’ingénieur son Sam Okell, les mêmes qui ont remastérisé et modernisé le son des deux précédentes rééditions (« Sgt. Pepper » et « White Album »).

Abbey Road se distingue avec un medley d'un quart d'heure, présentant huit chansons plus ou moins complètes qui s'enchaînent les unes après les autres, sur sa seconde face. L'album confirme également le talent d'auteur-compositeur du guitariste George Harrison, qui propose « Something » et « Here Comes the Sun », deux de ses plus fameuses compositions avec les Beatles, et popularise l'utilisation du synthétiseur (en l'occurrence un Moog) dans le rock. Ce tout nouvel instrument révolutionnaire avait été utilisé quelques mois plus tôt pour Electronic Sound, deuxième album solo d'Harrison. Cet opus « expérimental » représente surtout un avant-goût d'un usage plus travaillé du Moog sur l'album Abbey Road des Beatles. On l’entend dans quatre morceaux : « Maxwell's Silver Hammer » (McCartney), « Here Comes the Sun » (Harrison), « Because » (Lennon) et « I Want You (She’s So Heavy » (Lennon) avec ces bruits qui ressemblent à du vent. « Come Together, join the party » n’était rien d’autre, à la base, qu’un slogan de campagne de Timothy Leary, candidat au poste de gouverneur de l’État de Californie en 1969 – et par ailleurs fervent partisan des bienfaits thérapeutiques du LSD. John Lennon s’en inspire pour créer « Come Together ». En studio, les paroles évoluent drastiquement et plusieurs phrases sont improvisées en cours de route. C’est là que né le passage here comes old flat-top voici venir un type avec une coupe au carré »). Sauf que cette phrase est aussi présente dans le titre de Chuck Berry, « You Can’t Catch Me ». Ce dernier attaque Lennon en justice pour plagiat. En dédommagement, le fondateur des Beatles doit enregistrer deux chansons de Berry sur un de ses albums solo en 1975. Prévu pour être le dernier morceau du dernier album officiel de la carrière des Beatles, et écrit par Paul McCartney, « The End » trace un étonnant parallèle avec « Love Me Do », le premier titre du groupe enregistré en septembre 1962. C’est le même musicien encore adolescent, auteur de paroles anodines Love, love me do, you know I love you... aime-moi, tu sais que je t’aime »), qui écrit, quelques années plus tard, autour du même mot « amour », ce message de sagesse pour conclure la carrière du groupe qui a révolutionné la musique populaire : And in the end, the love you take is equal to the love you make (traduction ci-après). Il explique : « Je voulais finir le medley avec un couplet significatif, alors j’ai suivi William Shakespeare et j’ai écrit cette phrase. » Dans l’interview donnée au magazine Playboy le 5 décembre 1980, soit trois jours avant son assassinat, John Lennon salue le talent d’auteur de McCartney en disant : « C’est encore Paul... Avec cette phrase, et à la fin, l’amour que tu prends est égal à l’amour que tu fais, c’est une ligne très cosmique. Cela prouve que quand Paul le veut, il est capable de penser ! » Mais la vraie dernière plage du dernier disque des Beatles est un morceau caché par un blanc de 15 secondes sur le sillon du 33 tours. Écrit par Paul McCartney, « Her Majesty » n'a que 23 secondes de durée — et parle d'une manière peu commune de la reine d'Angleterre. Au départ partie intégrante du fameux medley qui clôt l'album, la composition a été rejetée et s'est finalement retrouvée isolée à la fin du mixage final. N'étant pas crédité au dos de la pochette du disque originel, ce titre sera généralement considéré comme la première « chanson cachée » de l'histoire du rock. ||

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8 août 2019

Il y a 50 ans, les Beatles traversaient Abbey Road

Il y a 50 ans, les Beatles traversaient Abbey Road

Le vendredi 8 août 1969, aux alentours de 11 h 30, John Lennon, Ringo Starr, Paul McCartney et George Harrison traversaient le passage piéton londonien devant les studios EMI, au croisement entre Abbey Road et Grove End Road. À l'origine et comme le relate un article de la BBC, le onzième album des Beatles devrait s'appeler Everest, en référence à la marque de cigarette que fumait l'ingénieur du son Geoff Emerick. Et pour l'illustrer, le groupe devait être photographié au pied de l'Himalaya. Partagés sur le titre et jugeant la destination trop éloignée pour un simple cliché, ils décidèrent finalement d'aller en face des studios. L'idée de la photo, comme du nom de l'album, vient, selon les sources, de Paul McCartney, ou de Ringo Starr lâchant au terme d'une discussion interminable : « On n'a qu'à l'appeler Abbey Road ! » Il n'y a rien d'autre que cette photo sur la couverture, le titre de l'album et les autres détails étant inscrits au dos. C’est John Lennon qui fait appel au photographe écossais Iain MacMillan, rencontré par l’intermédiaire de sa nouvelle compagne Yoko Ono. Après avoir échangé quelques esquisses réalisées par Paul McCartney représentant la future couverture de l’album, le photographe et les Beatles se rencontrent pour le fameux shooting en fin de matinée pour éviter un afflux de fans, surtout présents en début d’après-midi. Iain MacMillan, monté sur un caisson de bois, n’a qu’une dizaine de minutes à disposition. Celui-ci explique le déroulement des opérations : « Je me souviens qu'on a demandé à un policier de bloquer la circulation pendant que j'étais sur l'échelle, à prendre les photos. J'ai pris une série de clichés des Beatles en train de traverser dans un sens. On a laissé quelques voitures passer, et puis je les ai photographiés pendant qu'ils traversaient dans l'autre sens. La photo qui a été finalement choisie était la cinquième sur six prises. C'était la seule où leurs jambes formaient un V parfait, ce que je voulais pour l'esthétique. » Comme un signe, les Beatles choisissent la prise où ils tournent le dos aux studios. Le design de la pochette est finalisé par le graphiste anglais John Kosh. Iain MacMillan, surtout connu pour cette séance de photo légendaire, ne retravailla qu'à trois occasions avec les anciens Fab Four : d'abord avec le couple Lennon pour la pochette du single Happy Xmas (War Is Over) (1971) et la photo du disque posthume Menlove Ave. (1986). Puis, il immortalisa la parodie de la fameuse pochette pour l'album Paul Is Live (1993) de Paul McCartney. Mis sur le marché le 26 septembre 1969 au Royaume-Uni, et le 1er octobre aux États-Unis, Abbey Road s'imposa naturellement et devint l'un des plus grands albums de tous les temps. Avec 30 millions d'exemplaires vendus, il est au final le deuxième plus gros succès des Beatles, juste après Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967). Créés en novembre 1931, les studios d'enregistrement EMI où les Beatles y ont enregistré la plupart de leurs chansons de 1962 à 1969, sont renommés en 1970, en hommage à l'album Abbey Road, dernier disque enregistré par le groupe originaire de Liverpool. Le 33 tours Let It Be (1970), dont les chansons précédemment mises en boîte, est le douzième et dernier opus original publié.

Une anecdote concernant la prise des clichés reste célèbre. En haut de la tête de Paul McCartney, près de la voiture bleue, se tiennent trois hommes qui sont en fait des décorateurs d’intérieur de retour de leur déjeuner. Du côté droit de la route dans l'ombre des arbres bordant celle-ci, se trouve Paul Cole, un touriste américain, pris dans la photo sans le savoir. En vacances à Londres avec sa femme, il refusa d'entrer dans un musée de plus : « Je lui ai dit, j'ai vu assez de musées. Tu y vas, tu prends bien ton temps, et moi je reste ici pour voir ce qui se passe dehors. » Cole engagea alors la conversation avec un policier assis dans son van (visible aussi sur la pochette de l'album), parlant de Londres et du trafic routier. Il finit par voir des gens traverser la rue « comme une ligne de canards », qu'il prit pour « une bande de fous » à cause des pieds nus de Paul McCartney. Ce n'est qu'un an plus tard qu'il vit, estomaqué, la pochette de l'album, alors que sa femme essayait de jouer la chanson « Something » à l'orgue. Le photographe Iain MacMillan aurait demandé qu’on déplace la Volkswagen Beetle 1968, modèle 1500 de couleur blanc lotus, qui se trouve à gauche sur la photo. Problème : le propriétaire, un résident demeurant près du studio, n’était pas à proximité et le temps était compté. La Cocinelle est aujourd'hui exposée au Stiftung AutoMuseum à Wolfsbourg en Allemagne. Le mur de briques que l'on aperçoit derrière la pochette de l'album a été démoli dans les années 1970. Le panneau affichant Abbey Road au coin des rues Grove End Road et Abbey Road a lui été retiré en 2007. Les autorités municipales l'ont perché plus haut sur le mur extérieur d'une résidence, se protégeant des dépenses engendrées par le nettoyage ou le remplacement du panneau régulièrement déboulonné par les fans sur quatre décennies. La ville a également coulé dans le béton les bases des poteaux qui maintenaient les panneaux d'Abbey Road, car ils se faisaient régulièrement voler. Enfin, il est possible, sur de nombreux sites internet, de voir le fameux zebra en direct grâce à une webcam. Une autre anecdote entoure la composition de la jaquette d’Abbey Road. Après ce shooting avec les Beatles, Iain MacMillan cherche à prendre une photo du panneau du nom de la rue. Au moment de déclencher, une jeune femme vêtue d’une robe bleue passe devant l’objectif, ce qui irrite le photographe. Finalement c’est cette photo qui est sélectionnée pour l’image du dos de l’album.

La rumeur de la mort de Paul McCartney

C'est à la suite de la sortie d'Abbey Road que Paul McCartney fut l'objet d'une incroyable rumeur prétendant qu'il s'était tué dans un accident de voiture en novembre 1966, et qu'il avait été remplacé par un sosie. C'est le disc-jockey américain Russ Gibb qui est le premier à avoir eu connaissance de cette rumeur le 12 octobre 1969, après avoir reçu un appel le conseillant de jouer à l'envers sur sa platine le titre « Revolution 9 » du White Album (1968). Pour les partisans de cette thèse, le point de départ est donc cette pochette Abbey Road, et les albums antérieurs se verront à leur tour décortiqués. Plusieurs « indices » ont été apportés par la couverture. La configuration de la scène voit le prétendu disparu précédé par Ringo Starr habillé en noir — couleur de la mort en Occident —, qui pourrait incarner le rôle du croque-mort (pompes funèbres, thanatopracteur) et par John Lennon habillé en blanc — couleur de la mort en Orient, qui pourrait incarner le rôle du prêtre ou du Saint Esprit. George Harrison ferme la marche, et son jean témoignerait du fait qu'il s'est chargé de la mise en terre (fossoyeur). Paul McCartney traverse le passage piéton pieds nus, comme les morts que l'on enterre en Inde ; la Volkswagen blanche que l'on voit est immatriculée LMW 28 IF soit Living-McCartney-Would be 28 IF (« McCartney vivant aurait eu 28 ans SI », ce qui ne peut pas vraiment concorder car il avait 27 ans lors de la publication d'Abbey Road) ; le LMW de la plaque voudrait aussi dire Linda McCartney Weeps, soit « Linda McCartney pleure ». Tout ceci serait corroboré par le fait que McCartney est le seul membre du groupe à avoir la jambe droite en avant, les autres avançant la gauche : en effet, certains en concluent qu'il roulait du côté droit de la route lorsqu'il a eu son prétendu accident. Il tient aussi sa cigarette de la main droite alors qu'il est gaucher, d'où la suspicion de la présence d'un sosie sur la couverture. Paul McCartney laisse courir la rumeur : ce côté canular l'enchante. Il fera juste un bref commentaire non sans humour : « Qu'est-ce que j'apprends ? Je suis mort ? Pourquoi suis-je toujours le dernier à être mis au courant de tout ? » Par ailleurs, c'est une promotion gratuite inespérée pour Abbey Road. En 1993, il y fera une allusion humoristique en pastichant la mythique couverture. Sur le même passage piéton, McCartney est accompagné de son chien mais, cette fois, la plaque d'immatriculation de la voiture blanche est « 51 IS », attestant qu'il est bien vivant et qu'il a 51 ans. Son album, une compilation de concerts, s'intitule Paul Is Live, pour marquer le contraste avec « Paul Is Dead ». ||

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