Swiss Beatles Fan Club: Paul McCartney : sa tournée, ses rituels et la poésie du rap

15 août 2017

Paul McCartney : sa tournée, ses rituels et la poésie du rap

Paul McCartney : sa tournée, ses rituels et la poésie du rap

Deuxième et dernière partie de l'interview de Paul McCartney par Kory Grow,
pour le magazine « Rolling Stone ».

Qu’est-ce que vous faites pour vous détendre en tournée ?

Si c’est un jour de concert, on se lève, on prend un petit-déjeuner et on va à la salle de sport. Si on a le temps, on va faire une balade à vélo, on visite la ville et ses alentours puis on rentre et on se fait faire un massage. Le truc, c’est que je suis conscient en disant ça que je devrais dire : « Yo, mec. Je m’assois. Je joue aux cartes, je bois de la tequila, je fume des joints et je joue de la guitare. Tout l’après-midi. » Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Donc ouais, je fais ça et puis je me fais faire un massage, je mange quelque chose, je me lave et je vais au concert. C’est assez ennuyeux, vraiment. Ce n’est pas un comportement légendaire du rock & roll, mais ça me va aujourd’hui. J’aime ça. Je ne le ferais pas si je n’aimais pas le faire et ça me permet de jouer pendant trois heures. Ce qui est drôle, c’est l’énergie du public. Vous pouvez vraiment être dynamisé au lieu de vous fatiguer. À mesure que vous avancez, vous ressentez de plus en plus d’énergie. Ça me surprend. Les filles dans le public disent : « Il ne boit même pas ! » Vous imaginez les Beatles qui s’arrêtent « Excusez-moi, deux secondes les gars » et glou glou glou ? On ne le faisait pas, je n’ai pas été élevé à l’école de « l’hydratation ». Je bois avant et après le concert mais une fois que je monte sur scène, je n’ai pas besoin de boire.

Si ça fonctionne pour vous, c’est génial.

Mon ingénieur du son me dit : « Bois plus d’eau, mec. Bois plus d’eau », mais je n’ai pas le temps.

J’imagine aussi que vous faites plus de sport que quand vous étiez avec les Beatles.

Ouais. Les exercices sportifs sont probablement la chose la plus importante à faire sur la route. Bien manger aussi. Il y a des gens qui s’exercent 10 fois plus que moi mais j’en fais juste assez. Je fais ce que j’aime et ça me permet de rester en forme. Quand j’étais enfant, je détestais les exercices physiques. Je me disais : « Oh, c’est tellement ennuyeux. » Avec les Beatles, on ne faisait pas ça. On était jeunes, on n’avait pas à penser à ça. Ça ne faisait pas partie de notre répertoire. Aujourd’hui, ça l’est. Beaucoup de personnes qui n’allaient pas à la salle de sport y vont aujourd’hui et aiment y aller. Vous vous sentez bien quand vous réalisez des choses que vous pensiez impossibles.

On dirait que vous changez de setlist fréquemment. Qu’est-ce que vous avez aimé jouer en concert ces derniers temps ?

On joue Hard Day’s Night qu’on n’avait jamais jouée avant cette tournée. Cet accord d’ouverture est toujours un enchantement. J’aime bien la jouer. J’aime interpréter Temporary Secretary parce que c’est un défi et qu’elle a un bon battement électronique. C’est cool. J’aime bien jouer Band on the Run, Live and Let Die et 1985 de l’époque des Wings. J’aime interpréter la ballade que j’ai écrite pour [ma femme] Nancy, My Valentine. J’aime aussi jouer For the Benefit of Mr. Kite. Avec Mr. Kite, le truc c’est que c’est une chanson stimulante parce que la ligne de basse va là où la voix ne va pas. C’est comme si vous deviez vous séparer en deux et envoyer une moitié chanter et l’autre jouer de la basse. C’est assez difficile à faire.

J’ai lu que John Lennon a écrit ces paroles en s’inspirant d’une affiche. Qu’est-ce que vous en pensiez lorsque vous les avez lues pour la première fois ?

Eh bien, ce qui est génial c’est que tout le monde dit : « John Lennon a écrit les paroles...  » John et moi avons écrit les paroles. Je suis allé chez John, et je n’ai pas l’impression d’être paranoïaque en défendant mon bout de gras, mais la vérité c’est qu’on s’est assis et on s’est dit : « Okay, qu’est-ce qu’on va écrire ? » Il m’a répondu : « Tu as vu cette affiche ? » On a donc tiré une grande partie des paroles de cette affiche mais on l’a fait ensemble. C’est pour ça que je la joue en live, parce que même si John était le chanteur principal sur cette chanson, j’aime le morceau et j’ai l’impression que parce que je l’ai écrit avec lui et que j’ai été dans la pièce où ça s’est passé, c’est une bonne chanson à jouer. Mais ouais, on a été inspirés par cette vieille affiche de cirque.

Maintenant que le fantastique coffret « Sgt. Pepper » est sorti, est-ce que vous allez interpréter plus de chansons de cet album en concert ?

Eh bien, on en fait quelques unes. On interprète la chanson Sgt. Pepper. Je déteste dire ça mais il n’y a que trois surprises dans les concerts et je suis en train de les révéler. J’essaye de faire en sorte que les gens se disent: « Oh, je ne savais pas qu’ils allaient jouer celle-là. » Donc ouais, il y en a une ou deux, mais aujourd’hui, avec Internet, on ne peut pas avoir de surprise après le premier concert. Il y en a quelques unes.

Quels sont les meilleurs concerts d’autres artistes que vous avez vus récemment ?

Ce n’est pas récent mais j’ai vu Jay-Z et Kanye. J’ai vu le dernier concert de U2 [Innocence + Experience] que j’ai aimé. J’ai aussi aimé James Taylor. C’est très émouvant pour moi parce qu’on a une histoire ensemble. On a fait son premier album ensemble, alors c’est comme si je voyais un vieil ami. J’ai vu pas mal de monde mais quand on va quelque part comme aux Grammys cette année, on voit pas mal de gens.

Qu’est-ce qui vous a impressionné chez Jay-Z et Kanye ?

C’est drôle. Beaucoup de personnes écoutent du rap et se disent : « Ah ouais, c’est beaucoup de grossièretés et beaucoup de jurons », mais en fait, c’est beaucoup de poésie. J’étais impressionné. Je pense qu’en assistant à un concert entier, vous avez une meilleure idée de ce qu’ils font. J’ai aimé le concert. C’est de la poésie urbaine. Quand vous assistez à un concert, vous avez un peu de temps pour considérer les chansons, les sujets qu’elles traitent et leur signification. Les jeunes en concert, ils savent déjà. Ils savent tous exactement ce qui se passe. Ils connaissent toutes les paroles. Pour moi, le rap c’est plus que ce que certaines personnes disent. C’est une éducation. J’aime ça.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes musiciens qui débutent ?

Jouer beaucoup. Jouer dans les bars et jouer encore plus. Plus vous jouez et plus vous apprenez. Et ça vaut pour tout ce que vous faites : si vous êtes DJ, pratiquez beaucoup. Si vous jouez de la guitare, jouez-en beaucoup. Si vous êtes dans un groupe, jouez beaucoup. C’est comme ça qu’on apprend. C’est comme ça que vous apprenez à être bon, que vous apprenez qui vous êtes et que vous vous améliorez. Avec un peu de chance. ||

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