Swiss Beatles Fan Club: George Martin : le maestro aux commandes des Beatles

22 janvier 2018

George Martin : le maestro aux commandes des Beatles

George Martin : le maestro aux commandes des Beatles

Janvier 1962. Le label Decca reste insensible aux charmes des Beatles, au grand dam de leur jeune manager, Brian Epstein. Que faire pour que l’on s’intéresse enfin à ses quatre protégés ? Alors que les futurs « quatre garçons dans le vent » font des vagues à Hambourg, il se rend à Londres pour presser leur démo. Interloqué par ce rock d’un nouveau genre, le technicien d’EMI aiguille Epstein vers la direction de Parlophone, une antenne du gigantesque label dirigée par George Martin depuis 1955. Séduit par la voix de Paul McCartney et le doigté de George Harrison, ce dernier accepte de les auditionner. Rendez-vous est pris le 6 juin de la même année. Cinq chansons plus tard, c’est un George Martin satisfait qui escorte les Beatles vers la sortie. Il les recontactera. Moins de deux mois après, le couperet tombe : le jeune producteur veut faire signer un contrat aux quatre musiciens. Néanmoins, un problème demeure : le jeu de batterie de Pete Best ne convainc pas. De l’avis plus ou moins général, un certain Ringo Starr ferait mieux l’affaire. Brian Epstein est alors chargé de renvoyer le batteur mutique. Ses fans se déchaînent. Les rues de Liverpool sont pendant un temps noyées sous les « Pete forever ! Ringo never ! » . Ce sera à Please Please Me de calmer les esprits. Après trente semaines au sommet du Top 50, le batteur aux bagues est adopté.

Si George Martin quitte EMI en 1965, il n’abandonne pas les Beatles, loin de là. Bien que John, Paul, George et Ringo soient sans conteste des génies créatifs, ils n’avaient que des connaissances réduites en musique et se reposaient sur les connaissances encyclopédiques de George Martin pour transposer ce qu’ils avaient à l’esprit sur les mètres de pistes qui encombraient les studios d’Abbey Road. Arrangeur en chef, lien d’utilité technique entre Lennon et McCartney, ses connaissances musicales lui permettent de faire sens de morceaux d’une complexité toute nouvelle comme le désormais culte A Day in the Life ou Strawberry Fields Forever. Artisan d’un mythe unique en son genre, George Martin demeurera toujours d’une étonnante clairvoyance quant à son rôle dans cette mécanique (trop) parfaitement huilée : « Quand ils ont commencé, ils ne savaient rien. Ils avaient donc énormément besoin de moi pour concevoir leur identité sonore. Au plus fort de leur carrière, ils savaient ce qu’ils voulaient mais ils se reposaient sur moi pour arranger leurs albums. »

Décédé dans son sommeil le 8 mars 2016 à l'âge de 90 ans, le « Cinquième Beatle » – encore un – aura non seulement permis aux Beatles de faire entendre toutes leurs compositions – même les plus fantasques – au plus grand nombre, mais aura également propulsé de nouveaux talents britanniques tels que Cilla Black sur le devant de la scène. Sir George Martin est généralement considéré comme l'homme qui a pleinement défini les contours du travail d'un producteur moderne réalisant 700 disques tout au long d'une carrière exceptionnelle. Anobli en 1996 par la reine Elizabeth II — trois scarabées figurent sur ses armes, avec « All You Need Is Love » écrit en latin. Si ses anciens collègues comme ses fans lui rendent régulièrement hommage, sa veuve, Judy, s’est engagé au côté de l’Armée du Salut pour réouvrir Strawberry Field qui fut jadis un orphelinat et assurer la pérennité de l’œuvre de son compagnon. ||

Photo de titre : les Beatles avec George Martin aux studios EMI de Londres lors de la session d'enregistrement de « From Me To You », « Thank You Girl » et « The One After 909 » (5 mars 1963). Ci-dessous : session « All You Need Is Love » (23 juin 1967).