Swiss Beatles Fan Club: Le complotisme sur la mort de Paul McCartney

31 janvier 2018

Le complotisme sur la mort de Paul McCartney

Le complotisme sur la mort de Paul McCartney

Certaines vedettes que vous pensez vivantes sont en fait… mortes depuis longtemps ! Et ce sont leurs clones que voyez. À l’inverse, certaines personnalités que vous pensiez mortes sont en fait bien vivantes. D’autres encore, sous leur apparence bien humaine, sont en fait des reptiliens, dont le but est de prendre le pouvoir sur la planète Terre. Comment se propagent toutes ces rumeurs ? Comment suscitent-elles l’adhésion ? Comment se nourrissent-elles, éventuellement, les unes des autres ? Pour en discuter, deux invités du site Arrêt sur image : Pacôme Thiellement, réalisateur, auteur de Poppermost - Considérations sur la mort de Paul McCartney (2002) et Emmanuelle Danblon, professeur de rhétorique à l’Université Libre de Bruxelles, qui a codirigé Les Rhétoriques de la conspiration (2010).

Paul McCartney, le chanteur et musicien des Beatles, est mort depuis longtemps. C'est le disc-jockey américain Russ Gibb qui aurait lancé cette rumeur le 12 octobre 1969. Comment est-ce possible alors qu’il vient de sortir son 11e album avec les Fab Four ? Il aurait en fait été remplacé par un sosie, un certain William Campbell, après sa mort dans un accident de voiture à fin 1966. Une légende qui avait suscité une telle émotion que même l’ORTF y avait consacré un reportage, en janvier 1974, énumérant les arguments des adeptes de cette théorie : la voix et la représentation de McCartney dans les albums auraient par exemple brusquement changé. Exemple ? Sur la couverture de l’album Sgt. Pepper, McCartney, en bleu, tient un instrument noir, couleur du deuil, et l’on peut voir une main ouverte au-dessus de sa tête, signe de deuil dans la culture indienne. « L’ensemble [ de la pochette ] fonctionne comme un enterrement », analyse Thiellement, qui, à l'époque, y a cru quelques semaines. Selon lui, sa croyance venait d’une sorte de « syndrome de Sherlock Holmes », d’une profonde admiration des Beatles… et d’une professeure d’anglais qui lui affirme en 1988 : « Ils ont tué Paul. » Sans Internet, à l'époque, il trouve quelques rares informations dans des fanzines et livres spécialisés et abandonne rapidement la théorie, convaincu par un ami / mentor, le dessinateur Jean-Christophe Menu. Cette légende de la mort de McCartney est née comme une hypothèse, à cause d’un changement profond du groupe en 1967, estime Thiellement, notamment au niveau du look, ou du fait que les Beatles arrêtent la scène. « C’est une métamorphose intérieure. Ils ont été les plus grandes stars du monde. Mais ça les a amenés à l’angoisse, la solitude. Ils ont eu le monde, ils l’ont rejeté. »

Une mise à mort symbolique

Pour Thiellement comme pour Danblon, le complotisme répond à un besoin de projeter du sens, de faire correspondre les faits à une vision du monde, au mépris de toute vraisemblance. « Les histoires de sosies, de doubles, remontent à la Grèce antique. C’est la terreur des jumeaux, la terreur d’être trompé par ce qu’on voit », poursuit Thiellement. Une « obsession » historique qu’on retrouve dans toutes les cultures et qui trouverait (enfin) aujourd’hui une explication… grâce aux progrès des neurosciences, explique Danblon. « Plutôt que de dénigrer et disqualifier les mécanismes des théories du complot, il faut comprendre ce qu’il y a de rationnel chez elles, et comprendre que ça fait partie de nous », estime-t-elle. Comment McCartney lui-même a-t-il géré cette théorie ? En 1969, le magazine Life va interroger le musicien en Ecosse et titre « Paul is still with us » (« Paul est toujours avec nous »). Encore récemment, en 2009, il est interrogé sur cette rumeur et ironise en « avouant » qu’il est un double. Quelle est l'efficacité de ce type de démenti ? De toute façon, « ce n’est pas une rumeur qui a des implications politiques de grande urgence. Beaucoup de gens sont passés à autre chose », estime Thiellement. « McCartney affirme que cette rumeur l’a fait rire, mais je n’en suis pas si sûr », s’interroge Danblon, évoquant une « mise à mort symbolique », reprise par John Lennon dans sa chanson How Do You Sleep ? ||

Photo de titre : création artistique de Niccolò Debole, designer chez Calvin Klein. L'image de la voiture accidentée est parfois utilisée pour justifier la mort de Paul McCartney. Alors qu'en réalité, il s'agit de la Lotus Elan de Tara Browne, l'héritier des brasseries Guinness qui s'est tué le 18 décembre 1966. John Lennon évoquera sa disparition dans la chanson « A Day in the Life » sur l'album « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ». Certains évoquent même qu'au moment de l'accident se trouvait le passager Paul McCartney. Ci-dessous : un autre signe sur le verso de la pochette de l'album « Abbey Road » des Beatles.

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