Quincy Jones : «Les Beatles étaient les pires musiciens du monde»

8 février 2018

Quincy Jones : «Les Beatles étaient les pires musiciens du monde»

Quincy Jones : «Les Beatles étaient les pires musiciens du monde»

Quincy Jones, musicien aux 28 Grammys, est un monument de la musique. Arrangeur de Sinatra, Sarah Vaughan ou Tony Benett, compositeur, chef d'orchestre, patron de label, architecte des plus grands albums de Michael Jackson (« Off the Wall », « Thriller », « Bad »), il a aussi signé des dizaines de musiques de films (« Kill Bill » de Tarantino). À 84 ans, Quincy Jones semble n'avoir plus rien à perdre et décide de dire tout haut ce qu'il pense et décerne les bons et les mauvais points sans réserve. « Je déteste avoir à le dire publiquement mais Michael a volé beaucoup de choses », beaucoup de chansons, déclare-t-il dans ce long entretien au New York Times. Il cite en particulier State of Independence (enregistré en 1982 par Donna Summer) pour Billie Jean (le riff du premier ressemble au riff du second). « Les notes ne mentent pas », souligne-t-il, ajoutant « il était machiavélique. » Quincy Jones accuse aussi le Roi de la pop d'avoir été « cupide ». Et de ne pas avoir crédité le musicien Greg Philliganes pour avoir écrit une partie de Don't Stop 'Til You Get Enough. « Il aurait dû lui donner 10 pour cent du morceau Don't Stop 'Til You Get Enough », déplore-t-il. Concernant l'apparence de Michael Jackson, Quincy Jones raconte qu'il le descendait en flèche régulièrement au sujet de la chirurgie esthétique. La maladie (le vitiligo) avec lequel il se justifiait ? « Des conneries », assène le producteur. « Il avait un problème avec son apparence parce que son père lui avait dit qu'il était affreux. »

Manifestement prolixe, Quincy Jones profite de l'occasion pour railler les Beatles (rencontrés alors que McCartney avait 21 ans), « les pires musiciens du monde. Ils ne jouaient pas, ces cons-là. » selon lui. « Paul était le pire bassiste que j'aie jamais entendu. Et Ringo ? Ne m'en parlez pas. », affirme-t-il, avant de raconter une anecdote au sujet du batteur des Fab Four qui enregistrait la chanson Love Is a Many Splendoured Thing pour son album Sentimental Journey (1970). « Nous étions en studio avec George Martin [ producteur des Beatles ], et depuis trois heures Ringo travaillait sur une partie de batterie sur quatre mesures. Il n'y arrivait pas. On lui a dit : " Mec, va te prendre une bière et manger un morceau. Prends-toi une pause d'une heure et demie et détends-toi. " C'est ce qu'il a fait, et nous avons appelé Ronnie Verrell, un batteur de jazz, qui a expédié le truc en quinze minutes. Ringo est revenu et a dit : " George, peux-tu me le faire réécouter encore une fois ? " Il nous a dit ça ne sonne pas si mal et je lui ai répondu : " Ben oui, enfoiré, c'est pas toi qui joues. " Un mec super, à part ça. » Jimi Hendrix ? Quincy Jones semble le tenir en très haute estime mais souligne néanmoins qu'il s'était « dégonflé » lorsqu'il avait été question de jouer avec Herbie Hancock, Toots Thielemans, Hubert Laws et Roland Kirk. Ces musiciens, les siens à l'époque, « foutaient la trouille » selon lui et « Hendrix ne voulait pas jouer avec eux ». Dans le rock, seul Eric Clapton et son groupe Cream semblent trouver grâce à ses yeux.

Au sujet du racisme, Quincy Jones rend hommage à Sinatra. Il se souvient comment la star l'avait aidé à ouvrir les portes d'Hollywood qui lui seraient sinon restées fermées dans les années 60. Et aujourd'hui ? « Quand je vais à Dublin, Bono me fait venir dans son château parce que l'Irlande est tellement raciste. Bono est mon frère », dit-il. Mais à la question de savoir si U2 fait encore de la bonne musique, il se contente de secouer la tête dans une sorte de non silencieux, regrettant « la trop grande pression » pesant sur le groupe. Votre plus grande innovation musicale ? « Tout ce que j'ai fait », répond Quincy Jones sans ciller. « Je n'ai jamais fait de la musique pour l'argent ou la gloire. Même pas Thriller (de Michael Jackson, l'album le plus vendu de tous les temps, qui lui a rapporté une partie non négligeable de sa fortune). Impossible. Dieu quitte la pièce quand on pense à l'argent. Tu peux dépenser un million de dollars pour une partie de piano, ça ne te rapportera pas un million en retour. Ce n'est pas comme ça que ça marche. » ||

Photo de titre : Ringo Starr et Quincy Jones aux Grammy Awards de Los Angeles (10 février 2008). Ci-dessous : Michael Jackson, Paul McCartney, Quincy Jones et Greg Phillinganes lors de l'enregistrement de « The Girl Is Mine » aux studios Westlake de Los Angeles (1982). Dernière photo : Paul McCartney et Quincy Jones aux Grammy Awards (9 février 2009).