Fin d’histoire pour la version papier du «New Musical Express»

9 mars 2018

Fin d’histoire pour la version papier du «New Musical Express»

Fin d’histoire pour la version papier du «New Musical Express»

L'hebdomadaire britannique New Musical Express (NME), l’une des bibles de la presse musicale, paraîtra pour la dernière fois cette semaine. En 2015, le magazine faisait difficilement face, comme bon nombre de médias papier, à la crise de la presse écrite. La revue hebdomadaire musicale créée en 1952, qui écoulait environ 150.000 exemplaires par semaine au milieu des années 1970, ne vendait alors plus que 15.000 tirages par numéro. Pour y remédier, son éditeur, Time Inc., a décidé d’écouler la publication gratuitement et d’y intégrer de nouvelles rubriques : cinéma, technologie ou encore mode. Une stratégie qui ne s’est pas avérée payante, puisque Paul Cheal, directeur de la gestion du groupe Time Inc. UK, a annoncé mercredi 7 mars la fin de l’édition papier du magazine, afin de favoriser sa version Web : « […] Nous avons aussi fait face à une augmentation des coûts de production et à un marché de la publicité très dur dans le milieu de la presse papier. Malheureusement, nous avons atteint un point où le magazine hebdomadaire gratuit n’est plus viable financièrement. C’est sur l’espace digital que les efforts et l’investissement devront se concentrer pour garantir un futur solide pour cette célèbre marque. »

En effet, comme Laurent Joffrin, directeur de la publication du journal français Libération, l’expliquait en 2017 au magazine des Inrocks, « la presse n’est pas en crise culturelle », puisqu’on n’a jamais autant consommé d’information. Keith Walker, directeur de la partie digitale de NME le confirme : « NME a été à l’avant-garde de la musique pendant plus de deux décennies. Notre audience digitale globale a presque doublé ces deux dernières années. » Face à cette évolution, NME a donc choisi de concentrer ses ressources sur sa version en ligne. Deux nouvelles chaînes audio musicales sont d’ores et déjà prévues. Nommées « NME 1 ÷ et « NME 2 », la première se concentrera sur les nouveaux talents musicaux, quand la deuxième se chargera de mettre en valeur des artistes confirmés et labellisés « NME Classics ». Le média remplacera aussi sa « cover interview » hebdomadaire par un nouveau format Internet appelé The Big Read. Certaines éditions spéciales continueront cependant d’être publiées, comme le magazine de publireportages NME Gold. Créé en 1996, le site NME.com attire plus de trois millions de visiteurs uniques au Royaume-Uni chaque mois et 13 millions à travers le monde.

Diffusé depuis le 14 novembre 1952, NME a raconté l'émergence de la pop et du rock britanniques dans les années 1960 avec notamment les Beatles et les Rolling Stones. À l'origine du premier classement de ventes de disques au Royaume-Uni, l’hebdo a très vite acquis une grande crédibilité auprès des fans de rock et de pop britanniques. Certains grands artistes ont même directement collaboré avec la revue. Comme le rappelle le film England Is Mine, sorti récemment sur les écrans français, Morrissey, leader des Smiths, avait par exemple l’habitude d’y publier des critiques assassines durant son adolescence. Tout au long de son histoire, le titre a su s’adapter aux mutations musicales, couvrant les actualités punk ou rap et parvenant à imposer des talents comme Oasis, Blur, The Libertines ou Kaiser Chiefs – au grand dam de certains, qui lui ont reproché un trop grand pouvoir à ce niveau. L’annonce de la fin de la version print du magazine est certes regrettable, mais elle ne signe pas la mort de NME : elle marque un renouvellement comme il a su en opérer tout au long de son évolution. ||

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