L'empreinte indélébile des Beatles

16 mai 2018

L'empreinte indélébile des Beatles

L'empreinte indélébile des Beatles

À la toute fin des années 1950, en Grande-Bretagne, les jeunes baby-boomers, pas encore tout à fait adultes, n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent, question musique. Certes, il y avait le skiffle, musique folklorique incorporant des instruments bricolés à partir d’accessoires domestiques. Lonnie Donegan était la grande star de ce style. John Lennon et ses Quarrymen de Liverpool affectionnaient également ce genre. À la même époque, en Amérique, régnaient les Chuck Berry, Buddy Holly, Little Richard, Jerry Lee Lewis… sans oublier le King : Elvis Presley. Musiciens vénérés par la jeunesse anglaise et, sans conteste, par Lennon et Paul McCartney qui venaient à peine de se rencontrer à Liverpool. Tout ce qui se faisait de bien venait des États-Unis. Dans cet intense terreau d’inspiration, la conjoncture historique était idéale pour qu’émerge les Beatles. Ne restait plus qu’à mélanger les ingrédients. La saine compétition entre Lennon et McCartney – ils se poussaient l’un l’autre à composer de nouvelles chansons à un rythme effréné – est un facteur important de la réussite des Beatles, mais, bien sûr, ce n’est pas tout. McCartney, un bourreau de travail, composait en totale effervescence, ce qui obligeait Lennon à se surpasser. Le créateur du groupe craignait être devancé par son ami. Les deux leaders avaient été écorchés par la vie par le décès de leur mère respective. En revanche, ces tristes événements contribuèrent à cimenter leur lien. Jamais on n’avait entendu, dans ce qu’on appelait alors la musique pop, une telle euphonie chez un duo de chanteurs. La voix de McCartney, feutrée sinon quelque peu étouffée, s’harmonisait à la perfection à celle de Lennon qui semblait plutôt expulsée des cordes vocales comme si elle était directement sortie de ses tripes – une voix intense, acérée. Autre alignement des astres : l’un était gaucher (McCartney), l’autre droitier, ce qui leur donnait la position idéale lorsqu’ils répétaient et élaboraient des mélodies. Ils se faisaient face, comme dans un miroir. Un groupe à deux leaders, c’est possible : le premier, Lennon, était le cœur, et le second la tête. Disons qu’avec son caractère de mâle alpha, John Lennon ne pouvait faire autrement que de rester le chef de meute.

L’élément déclencheur : Brian Epstein

Avant de devenir le manager des Beatles, Brian Epstein était directeur de la section musique du grand magasin NEMS, fondé par son père à Liverpool. Sur le conseil d’un de ses clients, il alla voir les jeunes Beatles qui jouaient l’après-midi au Cavern Club, non loin de son travail. C’était en novembre 1961. Impressionné par ce qu’il vit, Epstein convainquit le quatuor de signer un contrat avec lui. L’étape suivante pour le nouveau manager fut de gommer l’image sauvage et rebelle du groupe : exit les vêtements de cuir ajustés et les comportements irrévérencieux. Les complets-cravates devinrent leur uniforme, ce qui aida à leur donner de la crédibilité aux yeux des clients du Cavern Club, mais aussi auprès des fans de toute l’Angleterre, encore, à cette époque, prise dans son carcan. Tout d’abord, Epstein se devait de leur trouver une maison de disques pour enregistrer leur premier quarante-cinq tours. C’est ce qu’il fit. Cependant, comme on sait, il y eut plusieurs essais infructueux, jusqu’à ce que George Martin, directeur artistique de Parlophone (une division de EMI) décide de leur signer un contrat d’enregistrement en suggérant à Epstein de se débarrasser de Pete Best, le premier batteur des Beatles. Ainsi, en septembre 1962, les Beatles enregistrèrent leur première chanson, « Love Me Do », avec Ringo Starr derrière la batterie. La formation des Beatles était maintenant complète. En 1963, le succès fut presque immédiat avec la sortie de leur premier album, Please Please Me. Après le tsunami de ce disque au Royaume-Uni, peu de chose aurait pu endiguer un tel engouement. L’album Meet the Beatles et sa chanson « I Want to Hold Your Hand », fut un méga succès aux États-Unis. Le pays pleurait alors son président, JFK, qui venait d’être assassiné. L’Amérique saisit en effet la main que les Beatles leur tendaient pour se consoler. La Beatlemania était née. Rien au monde à ce moment n’aurait pu freiner cet élan irrésistible sur lequel naviguait maintenant le groupe anglais le plus connu au monde.

Les années studio

À l’époque, les groupes et les musiciens ne profitaient que très peu de temps dans les salles d’enregistrement. Les plages étaient courtes, ainsi qu’en décidaient les maisons de disques. Les heures étaient comptées et les musiciens devaient enregistrer un maximum de morceaux en un temps éclair. C’est ce que vivaient les Beatles, au début. Après leur énorme succès, toutefois, EMI Records leur accorda de passer beaucoup plus de temps dans les salles d’enregistrement. Les plages étaient courtes, ainsi temps, notamment dans le studio d’Abbey Road. En 1967, ce fut le début de la période qu’on nomma « les années studio ». Les Beatles y restaient souvent jusqu’au matin. Ces années sont caractérisées par une considérable progression de la créativité des Beatles. Jamais un groupe de musique rock n’avait passé autant d’heures en studio à peaufiner ses enregistrements. Le résultat ? Des bijoux d’albums comme Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, le White Album ou Abbey Road.

La séparation des Beatles au sommet de la gloire

Les Beatles connurent le succès tout au long de leur existence, à savoir une dizaine d’années. Ironiquement, ils se séparèrent alors qu’ils étaient encore au sommet du succès, ce qui fut très difficile à accepter pour leur fans. Leur séparation a été induite par un long processus qui a sans doute commencé avec la disparition subite de Brian Epstein, emporté par un cocktail de pilules, en août 1967. Puis, à partir de mai 1968, John Lennon imposa Yoko Ono au reste du groupe lors des enregistrements en studio. Cela engendra le mécontentement chez les autres membres. Paul annonça la fin des Beatles le 10 avril 1970, à la sortie de son premier album solo. Pourtant, ce fut John le réel instigateur de cette fracture, alors qu’il avait déjà, en septembre 1969, déclaré à ses partenaires qu’il quittait le groupe. Expliquer en si peu de mots le méga succès de ce groupe légendaire des années 1960 relève bien entendu de l’utopie. Il faudrait notamment traiter du remarquable apport de George Harrison qui, entre McCartney et Lennon, eut peine à s’épanouir au début. Mais, il s’émancipa, apportant ses influences indiennes et de magnifiques compositions qui finirent par le consacrer lui aussi comme un membre influent du groupe. Il ne s’agit que de reconnaître ce qui est certain : les Beatles ont marqué le 20e siècle de leur empreinte. Une empreinte plus grande que nature, si profonde que jamais sa trace ne sera effacée. Comment, aujourd’hui, expliquer aux jeunes ce qu’étaient les Beatles en une phrase ? Est-ce même possible ? Peut-on, par exemple, faire comprendre à une fille de seize ans : « Imagine que ton groupe préféré, les Maroon 5, faisaient dix numéro 1 par année pendant sept ans d’affilée… eh bien, c’est ce qu’ont fait les Beatles, les quatre fabuleux. » ||