Swiss Beatles Fan Club: La «Revolution» cinquantenaire de John Lennon

1 juin 2018

La «Revolution» cinquantenaire de John Lennon

La «Revolution» cinquantenaire de John Lennon

Les 30 et 31 mai 1968, dans les studios d’Abbey Road, à Londres, les Beatles enregistraient la première version de leur première chanson manifestement politique. De son vivant, leur manager Brian Epstein (décédé le 27 août 1967) avait toujours annihilé ce genre de velléités. Il surveillait particulièrement John Lennon et tempérait ses ardeurs dans ce registre jugé commercialement périlleux. Le printemps 1968 pour le moins agité et le rejet grandissant de la guerre du Viêt Nam ont constitué un double détonateur pour le plus politisé des Beatles, sollicité de toutes parts et de moins en moins enclin à faire des concessions. Toutefois, la version première de « Revolution », d’ailleurs baptisée « Revolution 1 », n’était pas aussi rentre dedans que celle fignolée par la suite. John avait commencé son écriture au ashram de Rishikesh (Inde) quelques mois plus tôt et la mouture enregistrée dans la nuit du 30 au 31 mai 1968 était moins nerveuse, plus blues. George Harrison et Paul McCartney n’étaient pas vraiment fans. Ils trouvaient le morceau trop lent. John ne lâcha pas l’affaire pour autant. Il concocta une deuxième version plus rapide et revint à l’attaque le 4 juin, lors d’un enregistrement mémorable. Jamais avare d’innovations, Lennon décida de chanter allongé sur le dos afin que sa voix sonnât différemment. L’ingénieur du son dut suspendre un micro juste au dessus du chanteur. Il choisit un modèle plus léger, de peur que le Beatle étendu ne se fasse rectifier le râtelier en cas de chute accidentelle de l’appareil. Plus tard, quelques ajouts furent tentés avec des percussions, de l’orgue, des trombones et des trompettes mais le résultat ne fit pas encore tilt.

Plus opiniâtre que jamais, John Lennon finit par convaincre les autres Beatles de réinterpréter le morceau de façon plus rock, en accélérant le tempo et en saturant les guitares électriques. Tout le monde s’y recolla donc du 9 au 12 juillet 1968. Pour obtenir l’effet de distorsion recherché, les techniciens d’EMI durent enfreindre les règles du studio et malmener le matériel. Les guitares furent branchées directement sur la console d’enregistrement, saturant complétement le canal. En réinjectant le son obtenu sur un second préampli, l’effet fut enfin validé par John Lennon. Son hurlement d’introduction donna ensuite le ton de la version la plus connue de « Revolution ». Par ailleurs, le contraste entre les halètements ou les « alright » éraillés de Lennon et les chœurs en voix de faussets ou les « shooobidoo wap waoum » du duo Harrison/McCartney furent une énième ironie des Beatles, tant sur la forme que sur le fond. Conviction et dérision. Où comment évoquer sérieusement des questions graves tout en gardant simultanément une distance plus légère. Les paroles allaient dans ce sens, illustrant à la perfection la difficulté pour une jeunesse contestataire d’opter pour la bonne décision.

Ce message est toujours d’actualité. On veut tous changer le monde, mais à quel prix ? Quelle destruction pour quelle reconstruction ? Quelle révolution pour quelle évolution ? On aimerait bien connaître le véritable plan, le projet définitif, mais nous ne sommes même pas certains de nos propres choix. Cette ambiguïté est parfaitement rendue dans l’ajout malicieux du « in » après le « out » qui affirme exclure l’auteur de toute action violente (when you talk about destruction, don’t you know that you can count me out… in !). Elle rejoint le contrepied enclenché par le titre « Revolution », de premier abord percutant et annonçant le combat, mais proposant finalement une approche plus dubitative que vindicative. Au grand dam de certains admirateurs, John Lennon avoue en filigrane qu’il ne croit pas aux révolutions telles que d’aucuns veulent nous les vendre. Dans une interview, il précise : « Tout démolir, ça s’est toujours fait. Pour quel résultat ? Les Irlandais, les Russes l’ont fait, les Français aussi, et ça les a menés où ? Nulle part. » Cinquante ans plus tard, cette chanson « Revolution » n’a pas pris une ride, tout comme son auteur. Elle pose les jalons d’un mouvement pour la paix qu’il chercha à développer et promouvoir sans relâche. Elle ouvre la voie aux futures chansons engagées de John Lennon, de « Working Class Heroe » à « Imagine », de « Give Peace a Chance » à « Instant Karma » en passant par « Power to the People ». Cet engagement lui ouvrira aussi les portes d’un enfer : celui d’un combat éreintant contre l’administration américaine de Richard Nixon. Et celle d’une fin tragique où son assassin lui reprochera d'avoir trahi son message de paix et de fraternité entre les hommes... ||

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