Swiss Beatles Fan Club: «Baby you can drive my car» : un droit en Arabie saoudite

10 juillet 2018

«Baby you can drive my car» : un droit en Arabie saoudite

«Baby you can drive my car» : un droit en Arabie saoudite

L'Arabie saoudite a donné en 2018, le droit aux femmes de conduire un véhicule.

Longtemps reléguées à l'arrière, les Saoudiennes ont pris le volant en début juin lors d'un rite de passage longtemps attendu, mais un obstacle se dresse désormais sur leur route : le sexisme des hommes. Des vidéos montrant des femmes au volant et des hommes sur le siège passager ont inondé les réseaux sociaux. Un renversement des rôles inimaginable dans le royaume ultraconservateur de l’Arabie saoudite jusqu'à la publication en septembre dernier d'un décret royal prévoyant la levée de l'interdiction faite aux femmes de conduire. Dans un pays qui impose la ségrégation des sexes, cette mini-révolution a suscité joie et incrédulité. La levée de l'interdiction a largement été applaudie par les jeunes saoudiens, et aucun incident lié à du harcèlement n'a été publiquement rapporté ces deux derniers jours. Mais les mentalités ne changeront pas en un jour : les « Regarde, une femme au volant ! », ont parfois ironisé des habitants de Ryad au passage d'un véhicule conduit par une femme. Et de nombreuses femmes se méfient du sexisme ambiant et d'éventuelles agressions de conducteurs hommes malgré les mises en garde des autorités. « Je conseille aux hommes de rester chez eux pour ne pas être tués par les femmes conductrices », a lancé un utilisateur saoudien sur Twitter, déclenchant une vague de commentaires approbateurs prédisant une hausse des accidents avec l'arrivée des femmes sur les routes. Mais pour beaucoup de femmes, la réelle opposition se trouve à la maison, où leur famille a entendu pendant des décennies les conservateurs répéter que laisser les femmes conduire reviendrait à promouvoir la mixité et la promiscuité entre sexes différents. « Ma mère, tu ne vas pas conduire. Ma sœur, tu ne vas pas conduire. Ma future femme, tu ne vas pas conduire », prévient un internaute sur Twitter, utilisant le hashtag #ElleNeConduiraPas.

Pour les organisations de défense des droits de l'Homme, le droit de conduire n'est que poudre aux yeux s'il n'est pas accompagné de la fin du système de tutelle masculine imposé aux Saoudiennes. Ces dernières doivent encore obtenir la permission d'un homme de leur famille pour leurs études ou leurs voyages. D'après les autorités, les Saoudiennes n'auront pas besoin de l'autorisation d'un tuteur pour faire une demande de permis de conduire. La nouvelle loi est intervenue après que les autorités ont arrêté en octobre 2017 un homme ayant menacé de réagir violemment contre toute femme au volant dont la voiture tomberait en panne. « Même les plus conservateurs vont devoir s'adapter et, avec le temps, les femmes au volant deviendront la nouvelle normalité », estime Hesham Alghannam, un chercheur saoudien à l'Université de Exter en Grande-Bretagne. À ce titre, la réforme semble déjà bénéficier d'un solide socle de soutien dans la population, de nombreux hommes ayant exprimé leur soulagement du fait que les femmes de leur famille n'auraient plus à dépendre d'un chauffeur étranger, ce qui supposait en outre des dépenses supplémentaires. « Ne laissez personne vous distraire de ce moment, que ce soit un homme ridiculisant votre capacité à conduire ou tout autre personne », dit en s'adressant aux femmes un Saoudien de Ryad, Ahmad al-Chathri. « Ce moment est le vôtre, et aucune autre opinion importe que la vôtre ». C'est donc le 4 juin dernier, que l’Arabie saoudite a commencé à délivrer des permis de conduire à des femmes. Cela faisait vingt ans que le droit des femmes de conduire leur voiture était un sujet de polémique dans la monarchie islamique, peuplée de 31 millions d'habitant. Pour célébrer cette libération, un groupe de musique syrien a composé un hymne sur la chanson « Drive My Car » des Beatles. Le morceau est arrangé par le violoncelliste Naseem Alatrash avec la chanteuse Nano Raies. La chanson a été diffusée par The World de Public Radio International, un magazine radiophonique axé sur les affaires internationales. Composé principalement par Paul McCartney et achevé avec l’aide de John Lennon pour les paroles, le titre original ouvre le sixième album des Beatles paru le 3 décembre 1965 au Royaume-Uni. ||