Hollywood Vampires : alcool, humour et gueule de bois...

5 juillet 2018

Hollywood Vampires : alcool, humour et gueule de bois...

Hollywood Vampires : alcool, humour et gueule de bois...

« Pour faire partie du club, il fallait boire plus que les autres. » Avoir vendu quelques millions de disques était un plus. Bénéficier d’un humour douteux, également. Tout comme glander entre deux tournées, en limousine le long du Sunset Boulevard des seventies. Même selon ces critères, le club des Hollywood Vampires aurait pu contenir quelques centaines de membres. Il n’en compta pourtant que six « officiels », se réunissant autant que possible autour d’une table minuscule du Rainbow Club, dans une mezzanine au vernis orangé de mauvais contreplaqué, les baskets posées sur un sol de briques rouges et le cul sur le rouge d’un mauvais skaï. Les poivrots dans ce cagibi nocturne, sifflant des bières allemandes à la canette et des vins californiens à la bouteille, se nommaient Alice Cooper, John Lennon, Ringo Starr, Keith Moon, Harry Nilsson et Mickey Dolenz. Ils étaient tous millionnaires. Sauf erreur, nul producteur n’a encore saisi le biopic derrière ce mythe du rock’n’roll. Sans doute parce que les Hollywood Vampires, nonobstant leur qualité de superstars mondiales en ce début des années 1970, ne se comportaient pas si différemment de n’importe quel agrégat de pochtrons dans l’arrière-salle de n’importe quel bistrot français, pub anglais ou carnotzet romand. « On se voyait pour faire descendre la pression du music business », se souvient Alice Cooper. « Notre vie n’était faite que de musique, elle était donc le dernier sujet de conversation. On parlait plutôt de voitures. On se fendait la gueule, surtout. Chaque soir, on attendait l’arrivée de Keith Moon (batteur des Who, mort en 1978). Une fois, il a franchi la porte du Rainbow habillé en reine Elizabeth. Le lendemain, il débarque en Hitler. Il finissait généralement la nuit en ayant jeté sa voiture dans une piscine. »

Au travers de son club de Vampires, c’est Hollywood des années 1970 qui refait surface. Un Los Angeles mythifié, aux couleurs passées, à l’esprit bohème miné par le fric et la démesure de l’industrie de l’entertainment. Un Sunset Strip figé sur des images de hippies tardifs, de dealers hâtifs, de producteurs en limo, de joggeurs en cuissettes et de patineurs à roulettes. Et de John Lennon, perdu dans son « lost week-end », loin de Yoko Ono et de New York. La « terre la plus à l’ouest » abritait ainsi comme un cul-de-sac les carrières à l’arrêt d’empereurs tels que les Beatles. Se retrouver dans la soupente du Rainbow offrait un abri rudimentaire mais réel à ces trentenaires inhumainement adulés. La joyeuse bibine ne pouvait durer. Actif entre 1972 et 1976, le Hollywood Vampires Drinking Club se désagrégea à mesure que ses membres déclaraient forfait. L’ex-Monkees Mickey Dolenz doit soigner son foie, le chanteur Harry Nilsson aussi (il mourra à 53 ans). Alice Cooper s’enfonce : il ne se souviendra pas de ses trois albums entre 1980 et 1983, année de sa guérison. Mais il a survécu. À 67 ans, le shock rocker peut rendre hommage à ses morts. Il l’a fait d’une façon logique, en ressuscitant le nom des Hollywood Vampires pour un disque de reprises sorti en 2015 et une tournée qu’accueille le Montreux Jazz Festival, ce jeudi 5 juillet. À la guitare, un jeunot : Johnny Depp, pas le dernier quand il s’agit de lever le coude. À son côté, l’Aerosmith Joe Perry, dont le passé de défonce n’a rien à envier au vampire originel. Qui ne boit plus, ne fume plus mais joue au golf — Vincent Furnier, le blason d’Alice Cooper au civil, compte parmi les dix meilleurs handicaps de l’Arizona, où il réside en famille, après avoir redécouvert le Christ. Les vampires ne sont plus ce qu’ils étaient. ||

Photo de titre : John Lennon, Harry Nilsson, Alice Cooper dans la boîte de nuit du Troubadour, à West Hollywood (21 novembre 1973). Ci-dessous : John Lennon, Anne Murray, Harry Nilsson, Alice Cooper et Micky Dolenz au Troubadour (21 novembre 1973). Dernière photo : Ringo Starr, Harry Nilsson et Keith Moon pour la première du film « That'll Be The Day » (1973).

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