Swiss Beatles Fan Club: «Live and Let Die» : Paul McCartney au service de James Bond

3 août 2018

«Live and Let Die» : Paul McCartney au service de James Bond

«Live and Let Die» : Paul McCartney au service de James Bond

La première mission de Roger Moore sous le matricule 007 ? Neutraliser un dictateur, le Dr Kananga, qui sévit depuis une île (fictive) des Caraïbes. Dans Live and Let Die (1973), la chanson créditée Paul et Linda McCartney retentit d'abord au générique, qui met en scène des femmes noires à demi-dévêtues dansant lascivement au milieu de jet de flammes, et plus tard dans le film, lorsque Bond se laisse déconcentrer par une chanteuse afro-américaine à la voix d'or et au décolleté plongeant. Paul McCartney peut remercier George Martin. Aussi surprenant soit-il, les producteurs de James Bond n'étaient pas du tout convaincus du choix de McCartney pour interpréter « Live and Let Die ». George Martin, le producteur des Beatles, auteur d'arrangements aussi mythiques que ceux d'« Eleanor Rigby » et de « A Day in the Life », a dû insister auprès d'Harry Saltzman (l'homme derrière les premiers James Bond, avec Albert Broccoli) pour faire embaucher Macca et son nouveau groupe, les Wings, formé avec sa femme Linda.

Retour sur l'histoire. Les Beatles sont séparés, les Wings existent depuis peu, le groupe est en studio quand Paul McCartney reçoit un coup de fil de George Martin. Ce dernier a été engagé pour composer la musique du 8e James Bond, Live and Let Die, et est persuadé que la chanson du générique doit être écrite par McCartney et interprétée par les Wings. Paul dévore le roman de Ian Fleming (Requins et services secrets) et se met au travail. « Je l'ai lu et j'ai pensé que c'était assez bon. Cet après-midi-là, j'ai écrit la chanson et je suis entré en studio la semaine suivante et je l'ai fait », raconte sobrement l'ex-Beatle. Mais les choses se corsent quand Martin présente la chanson aux producteurs de Bond. Les précédents génériques avaient été enregistrés par des artistes solo, et, en général, par des femmes. Donc, quand Harry Saltzman écoute le morceau des Wings, il croit entendre une simple démo. « C'est super ! Et maintenant on prend qui pour le disque ? demande-t-il à Martin. Thelma Houston, ça vous dirait ? » L'ex-acolyte des Beatles lui explique alors poliment que Paul fera très bien l'affaire. Le producteur de la franchise se laisse finalement convaincre, non sans exprimer une très grande réticence.

Les raisons du succès

Tout est flamboyant dans « Live and Let Die ». À commencer par le son. « La chanson prit forme en deux parties distinctes : une ballade méditative de Paul et un reggae plein d'entrain de Linda (unis par un rock nerveux pour le pont) », détaille Philip Norman dans la biographie de McCartney. Producteur et arrangeur du morceau, George Martin fait venir le percussionniste Ray Cooper (que tout le monde s'arrache, d'Elton John à Eric Clapton) pour rythmer la musique et ajoute des effets symphoniques à la A Day in the Life, aussi haletants qu'une course-poursuite dans un James Bond. Dans le film avec Roger Moore, la chanson résonne d'ailleurs lorsque 007 tente d'échapper à ses ennemis en conduisant à toute allure un bus à deux étages qui finit ratiboisé. Et puis, ce titre, Vivre et laisser mourir, résume l'essence même de Bond, agent 007 qui possède le « permis de tuer ». Le succès de la chanson n'a donc rien d'étonnant : elle permet à la franchise de décrocher une nomination aux Oscars dans la catégorie meilleure musique de film (récompense que Paul McCartney ne remportera malheureusement pas). Mais la vraie récompense est commerciale. Le morceau se classe à la deuxième place des meilleures ventes de disques en 1973 aux États-Unis et fait décoller la carrière des Wings.

Les Wings enregistrent « Live and Let Die » en octobre 1972 durant les sessions de l'album Red Rose Speedway, le titre ne figure pas sur le disque, mais sur un single paru le 1e juin 1973. Le chanson apparaît cinq ans plus tard sur une compilation de Paul McCartney. En revanche, l'ex-Beatle n'a jamais cessé de l'interpréter en live. « Live and Let Die » est même le clou de ses concerts et donne lieu à un spectacle pyrotechnique impressionnant, avec des jets de flammes tout au long de la scène tandis que McCartney s'emporte sur son piano. « Live and Let Die » a été maintes fois repris, la version la plus connue étant celle des Guns N' Roses, en 1991. La « Spice Girl » Geri Halliwell l'a également commercialisée en face B de son single « Lift Me Up », en 1999, et le titre faisait partie du « James Bond Medley » de Céline Dion lors de ses spectacles à Las Vegas. Et en France, la plus célèbre des reprises reste celle de l'émission politique L'Heure de vérité (1982 à 1995). Les invités avaient pour habitude de faire leur entrée sur la musique de McCartney. Seul François Mitterrand a refusé cette arrivée pétaradante. ||

Information