Swiss Beatles Fan Club: L'esprit de John Lennon et Yoko Ono au Musée national suisse

13 septembre 2018

L'esprit de John Lennon et Yoko Ono au Musée national suisse

L'esprit de John Lennon et Yoko Ono au Musée national suisse

L'année 1968 en collages, films expérimentaux, musique, documentaires, installations artistiques : le Musée national suisse à Zurich propose, du 14 septembre 2018 au 20 janvier 2019, une exposition recréant l'atmosphère de cette époque qui a façonné la nôtre. Des missiles d'interception BL-64 de l'armée suisse accueillent majestueusement les visiteurs d'« Imagine 68. Le spectacle de la révolution » : les années 1960 sont marquées par la course à l'armement en pleine guerre froide. En Suisse, le débat s'enflamme avec le scandale des « Mirage ». Un peu plus loin, un tableau trône au-dessus d'une bombe de napalm fabriquée en Suisse. Il représente la tristesse d'un salon belle-époque avec vue sur la Riviera vaudoise et le château de Chillon. C'est contre à la loi du plus fort et un monde sclérosé dans ses contraintes bourgeoises que la révolte de la jeunesse estudiantine, politisée et artistique se révolte. Elle se bat pour une vie libre d'entraves. Enfants de soixante-huitards, les commissaires d'exposition invités Stefan Zweifel et Juri Steiner présentent leur vision de cette époque qui a façonné la nôtre.

Mouvement situationniste

Ils se basent sur l'essai critique radical La société du spectacle, de Guy Debord, qui porte en lui les germes des évènements de Mai 68 à Paris. Debord et ses comparses de l'internationale situationniste voulaient briser les structures sociales établies et introduire de la poésie dans la vie de tous les jours. Ce mouvement se dissout en 1972, désillusionné par la brutalisation et la commercialisation de la contestation. La visite se poursuit dans un espace consacré aux films expérimentaux engagés de l'époque. Les écrans font face à des œuvres d'art évoquant la guerre du Vietnam et à une installation de Jean Tinguely, la Rotozaza II, machine à briser des bouteilles de bière, dénonçant le pouvoir de destruction de la société moderne.

Zurich et son émeute

Les mouvements de 1968 ont tous été déclenchés par des évènements qui ont focalisé l'attention d'une grande partie de la jeunesse et suscité sa révolte, a expliqué Stefan Zweifel mercredi aux médias : la ségrégation raciale et la guerre du Vietnam aux États-Unis, la grève générale en France, les violences policières en Allemagne. En Suisse, la lutte se cristallise notamment autour de la demande de la jeunesse d'obtenir des lieux de culture alternative. Avec photos, documents officiels et affiches, l'exposition présente le cas de l'« émeute du Globus » à Zurich, manifestation estudiantine réprimée violemment par la police, le 29 juin 1968. Une vingtaine de personnalités politiques et culturelles signent, deux mois plus tard un manifeste de soutien aux revendications de la jeunesse. Un couloir rendant hommage aux messages de l'art pop amène les visiteurs dans une Odyssée de l'espace, salle de réflexion où volent des répliques des Nuages d'argent d'Andy Warhol (1966). Conquête de l'espace, expérimentation futuriste, scénarios écologiques sombres et urbanisation : la vie dans 50 ans imaginée en 1968 et ses défis y sont au cœur.

Le politique dans la vie privée

La fin de l'exposition rend définitivement hommage au pouvoir de l'art en thématisant la dimension politique de notre vie privée. Dans une exposition réalisée en 1967 pour le Musée d'art moderne de Stockholm, l'artiste franco-suisse Niki de Saint Phalle fait pénétrer les visiteurs par le vagin de sa gigantesque sculpture Hon Elle » en suédois). En Suisse, les femmes doivent alors encore se battre pour obtenir le droit de vote au niveau fédéral. Le Mouvement de libération des femmes s'en prend à la répartition des rôles sexués et à la moralité sexuelle répressive. Le pantalon pour femmes et la minijupe intègrent la mode. De la nudité au sens de la vie de couple en passant par les formes d'éducation alternatives, les débats de l'époque aux retentissements toujours actuels ne manquent pas. John Lennon et Yoko Ono y occupent eux aussi une place de choix : dans un élan pacifiste, ils avaient convoqué les journalistes au pied de leur lit dans l'hôtel Hilton d'Amsterdam en leur demandant de retirer leur pantalon avant d'entonner « Give Peace a Chance ». ||

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