Geoff Emerick : l'ingénieur du son des Beatles est décédé

4 octobre 2018

Geoff Emerick : l'ingénieur du son des Beatles est décédé

Geoff Emerick : l'ingénieur du son des Beatles est décédé

Le titre de « cinquième Beatles » étant généralement réservé à Sir George Martin, producteur des Beatles décédé en 2016, Geoff Emerick aurait certainement mérité de se faire appeler « le sixième Beatles ». Le Britannique natif de Londres, à qui l’on doit certains éclairs de génie associés au groupe, est mort le 2 octobre à l’âge de 72 ans. Ayant connu les Beatles dès 1962, Emerick a contribué à façonner leur son et à innover durablement dans les méthodes d'enregistrement. Il avait reçu quatre Grammy Awards : celui du « meilleur ingénieur du son » pour Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967), Abbey Road (1969) et Band on the Run (1974) de Paul McCartney et des Wings, et pour l’ensemble de son œuvre « Technical Lifetime Achievement » en 2003. Geoff Emerick avait également travaillé sur des albums d'Elvis Costello, Badfinger, The Zombies, Art Garfunkel, Jeff Beck, Supertramp, Cheap Trick, Nazareth, Gentle Giant, Mahavishnu Orchestra et Ultravox. Son manager, Said Zabaleta, a confié mardi la mauvaise nouvelle au journal américain Variety : « Aujourd’hui, aux environs de 2 heures, je rentrais d’Arizona à Los Angeles pour chercher Geoff afin que nous puissions transporter des disques d’or et des plaques de platine à notre spectacle à Tucson. Au téléphone, il a eu des complications et a laissé tomber le téléphone. J’ai appelé le 911, mais au moment où ils sont arrivés, il était trop tard. Geoff a longtemps souffert de problèmes cardiaques et avait un stimulateur cardiaque. Quand vient votre tour, c’est votre tour. Nous avons perdu une légende, un meilleur ami pour moi et un mentor. »

Geoff Emerick débute comme ingénieur du son stagiaire chez EMI à 15 ans, en septembre 1962. Il s'agissait alors de studios très renommés pour les enregistrements classiques, pas encore pour d'autres musiques. Mais il hébergeait un petit label, Parlophone, dirigé par un certain George Martin. Ces mêmes studios seront rebaptisés « Abbey Road » en 1970, en hommage à la dernière production des quatre musiciens liverpuldiens. Le jeune apprenti assiste aux premières séances d'enregistrement des Beatles. Il est rapidement titularisé, en tant qu'ingénieur assistant (« pousseur de boutons » dans le langage des techniciens), fait ses armes durant les trois années suivantes, travaillant souvent sur les enregistrements du groupe de Liverpool, aux côtés de George Martin et de l'ingénieur du son Norman Smith puis, en avril 1966, il prend la place de ce dernier — promu producteur d'un nouveau groupe, Pink Floyd — en tant qu'ingénieur du son principal des Beatles. Geoff Emerick est âgé d'à peine 20 ans, le 6 avril 1966, lorsqu'il démarre les sessions de l'album Revolver avec la chanson « Tomorrow Never Knows ». D'entrée de jeu, il imagine la solution au problème posé par John Lennon, qui désire que sa voix « sonne comme celle du dalaï-lama chantant du haut d'une montagne » : la faire passer à travers les haut-parleurs tournoyants d'un orgue Hammond — la « cabine Leslie » —. Il modifie la façon d'enregistrer la batterie en positionnant les micros plus près des fûts, puis changea aussi celle d'enregistrer la basse, en plaçant un haut-parleur en face de l'ampli. En une seule journée, il a déjà enfreint plusieurs des règles strictes édictées par la maison EMI. Il ne s'arrête pas là et réalise de nombreuses prouesses techniques, sur ce disque et sur le suivant, Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band. Il travaille aussi partiellement sur le White Album jusqu'au 16 juillet 1968, quittant les sessions en plein milieu, excédé par l'ambiance. Emerick mixa cependant des chansons pour l'album Yellow Submarine et organisa les sessions d'enregistrement pour orchestre de la bande originale du film. Cependant, il ne travailla plus avec les Beatles jusqu'au 14 avril 1969, date à laquelle il organisa une session pour « The Ballad of John and Yoko ». Il est revenu à plein temps en juillet, alors que le groupe travaillait sur l'album Abbey Road, l'ultime opus des Beatles. Geoff Emerick peut ainsi écrire dans son livre de mémoires (« En studio avec les Beatles », 2009) : « Le destin a voulu que j'assiste à la toute première séance d'enregistrement des Beatles, en septembre 1962, et à la dernière, le 20 août 1969. ».

De nombreux messages du monde de la musique ont fait part de leur tristesse, mais aussi de leur reconnaissance à celui qui façonna le son « adulte » des Fab Four, l'homme de l'ombre qui illumina l'œuvre majeure du plus grand catalogue musical du 20e siècle, le faisant passer à jamais à la postérité. Le compte officiel des Beatles lui a rendu hommage : « Le travail de Geoff en tant qu’ingénieur du son sur leur musique faisait partie intégrante de leur travail. » Paul McCartney sur sa page Facebook a déclaré: «Je me suis réveillé ce matin avec la triste nouvelle du décès de Geoff Emerick. C'était un grand ingénieur et un grand ami, et même si les Beatles ont eu beaucoup d'ingénieurs géniaux au fil des années, Geoff était le ONE. Il était intelligent, adorait s'amuser et était le génie derrière beaucoup des excellents sons de nos disques. J'ai travaillé avec lui après les Beatles et c'était toujours amusant et les sons qu'il avait réussi à créer étaient toujours spéciaux. L'ayant vu plus tôt cette année lorsqu'il est venu dans notre studio, je suis choqué et attristé d'avoir perdu un ami aussi spécial. Dieu te bénisse Geoffrey - Love Paul. Ringo Starr s'est dit désolé et choqué d'apprendre la disparition de celui qui « était un excellent ingénieur, très utile pour nous tous dans le studio. Avec lui et George Martin, ils nous ont aidés à faire avancer Revolver. Il nous manquera. » Yoko Ono a écrit : « Je suis tellement choqué que Geoff Emerick ne soit plus avec nous. Il était le meilleur ingénieur. Non seulement il était le meilleur ingénieur, mais il était très très gentil. Love, Yoko. » Giles Martin, le fils de George Martin, responsable des rééditions des albums du groupe, a dit à propos de Geoff Emerick qu’il était « l’un des ingénieurs les plus talentueux et les plus innovateurs à avoir honoré un studio d’enregistrement ». Les studios d’Abbey Road ont aussi salué son travail : « Nous sommes extrêmement honorés de faire partie de l’histoire d’Emerick et nous nous engageons à assurer la pérennité de son héritage dans les studios. » ||

InformationMémorial


Paul McCartney, Geoff Emerick et George Harrison (1968).