Il y a 50 ans, les Beatles traversaient Abbey Road

8 août 2019

Il y a 50 ans, les Beatles traversaient Abbey Road

Il y a 50 ans, les Beatles traversaient Abbey Road

Le vendredi 8 août 1969, aux alentours de 11 h 30, John Lennon, Ringo Starr, Paul McCartney et George Harrison traversaient le passage piéton londonien devant les studios EMI, au croisement entre Abbey Road et Grove End Road. À l'origine et comme le relate un article de la BBC, le onzième album des Beatles devrait s'appeler Everest, en référence à la marque de cigarette que fumait l'ingénieur du son Geoff Emerick. Et pour l'illustrer, le groupe devait être photographié au pied de l'Himalaya. Partagés sur le titre et jugeant la destination trop éloignée pour un simple cliché, ils décidèrent finalement d'aller en face des studios. L'idée de la photo, comme du nom de l'album, vient, selon les sources, de Paul McCartney, ou de Ringo Starr lâchant au terme d'une discussion interminable : « On n'a qu'à l'appeler Abbey Road ! » Il n'y a rien d'autre que cette photo sur la couverture, le titre de l'album et les autres détails étant inscrits au dos. C’est John Lennon qui fait appel au photographe écossais Iain MacMillan, rencontré par l’intermédiaire de sa nouvelle compagne Yoko Ono. Après avoir échangé quelques esquisses réalisées par Paul McCartney représentant la future couverture de l’album, le photographe et les Beatles se rencontrent pour le fameux shooting en fin de matinée pour éviter un afflux de fans, surtout présents en début d’après-midi. Iain MacMillan, monté sur un caisson de bois, n’a qu’une dizaine de minutes à disposition. Celui-ci explique le déroulement des opérations : « Je me souviens qu'on a demandé à un policier de bloquer la circulation pendant que j'étais sur l'échelle, à prendre les photos. J'ai pris une série de clichés des Beatles en train de traverser dans un sens. On a laissé quelques voitures passer, et puis je les ai photographiés pendant qu'ils traversaient dans l'autre sens. La photo qui a été finalement choisie était la cinquième sur six prises. C'était la seule où leurs jambes formaient un V parfait, ce que je voulais pour l'esthétique. » Comme un signe, les Beatles choisissent la prise où ils tournent le dos aux studios. Le design de la pochette est finalisé par le graphiste anglais John Kosh. Iain MacMillan, surtout connu pour cette séance de photo légendaire, ne retravailla qu'à trois occasions avec les anciens Fab Four : d'abord avec le couple Lennon pour la pochette du single Happy Xmas (War Is Over) (1971) et la photo du disque posthume Menlove Ave. (1986). Puis, il immortalisa la parodie de la fameuse pochette pour l'album Paul Is Live (1993) de Paul McCartney. Mis sur le marché le 26 septembre 1969 au Royaume-Uni, et le 1er octobre aux États-Unis, Abbey Road s'imposa naturellement et devint l'un des plus grands albums de tous les temps. Avec 30 millions d'exemplaires vendus, il est au final le deuxième plus gros succès des Beatles, juste après Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967). Créés en novembre 1931, les studios d'enregistrement EMI où les Beatles y ont enregistré la plupart de leurs chansons de 1962 à 1969, sont renommés en 1970, en hommage à l'album Abbey Road, dernier disque enregistré par le groupe originaire de Liverpool. Le 33 tours Let It Be (1970), dont les chansons précédemment mises en boîte, est le douzième et dernier opus original publié.

Une anecdote concernant la prise des clichés reste célèbre. En haut de la tête de Paul McCartney, près de la voiture bleue, se tiennent trois hommes qui sont en fait des décorateurs d’intérieur de retour de leur déjeuner. Du côté droit de la route dans l'ombre des arbres bordant celle-ci, se trouve Paul Cole, un touriste américain, pris dans la photo sans le savoir. En vacances à Londres avec sa femme, il refusa d'entrer dans un musée de plus : « Je lui ai dit, j'ai vu assez de musées. Tu y vas, tu prends bien ton temps, et moi je reste ici pour voir ce qui se passe dehors. » Cole engagea alors la conversation avec un policier assis dans son van (visible aussi sur la pochette de l'album), parlant de Londres et du trafic routier. Il finit par voir des gens traverser la rue « comme une ligne de canards », qu'il prit pour « une bande de fous » à cause des pieds nus de Paul McCartney. Ce n'est qu'un an plus tard qu'il vit, estomaqué, la pochette de l'album, alors que sa femme essayait de jouer la chanson « Something » à l'orgue. Le photographe Iain MacMillan aurait demandé qu’on déplace la Volkswagen Beetle 1968, modèle 1500 de couleur blanc lotus, qui se trouve à gauche sur la photo. Problème : le propriétaire, un résident demeurant près du studio, n’était pas à proximité et le temps était compté. La Cocinelle est aujourd'hui exposée au Stiftung AutoMuseum à Wolfsbourg en Allemagne. Le mur de briques que l'on aperçoit derrière la pochette de l'album a été démoli dans les années 1970. Le panneau affichant Abbey Road au coin des rues Grove End Road et Abbey Road a lui été retiré en 2007. Les autorités municipales l'ont perché plus haut sur le mur extérieur d'une résidence, se protégeant des dépenses engendrées par le nettoyage ou le remplacement du panneau régulièrement déboulonné par les fans sur quatre décennies. La ville a également coulé dans le béton les bases des poteaux qui maintenaient les panneaux d'Abbey Road, car ils se faisaient régulièrement voler. Enfin, il est possible, sur de nombreux sites internet, de voir le fameux zebra en direct grâce à une webcam. Une autre anecdote entoure la composition de la jaquette d’Abbey Road. Après ce shooting avec les Beatles, Iain MacMillan cherche à prendre une photo du panneau du nom de la rue. Au moment de déclencher, une jeune femme vêtue d’une robe bleue passe devant l’objectif, ce qui irrite le photographe. Finalement c’est cette photo qui est sélectionnée pour l’image du dos de l’album.

La rumeur de la mort de Paul McCartney

C'est à la suite de la sortie d'Abbey Road que Paul McCartney fut l'objet d'une incroyable rumeur prétendant qu'il s'était tué dans un accident de voiture en novembre 1966, et qu'il avait été remplacé par un sosie. C'est le disc-jockey américain Russ Gibb qui est le premier à avoir eu connaissance de cette rumeur le 12 octobre 1969, après avoir reçu un appel le conseillant de jouer à l'envers sur sa platine le titre « Revolution 9 » du White Album (1968). Pour les partisans de cette thèse, le point de départ est donc cette pochette Abbey Road, et les albums antérieurs se verront à leur tour décortiqués. Plusieurs « indices » ont été apportés par la couverture. La configuration de la scène voit le prétendu disparu précédé par Ringo Starr habillé en noir — couleur de la mort en Occident —, qui pourrait incarner le rôle du croque-mort (pompes funèbres, thanatopracteur) et par John Lennon habillé en blanc — couleur de la mort en Orient, qui pourrait incarner le rôle du prêtre ou du Saint Esprit. George Harrison ferme la marche, et son jean témoignerait du fait qu'il s'est chargé de la mise en terre (fossoyeur). Paul McCartney traverse le passage piéton pieds nus, comme les morts que l'on enterre en Inde ; la Volkswagen blanche que l'on voit est immatriculée LMW 28 IF soit Living-McCartney-Would be 28 IF (« McCartney vivant aurait eu 28 ans SI », ce qui ne peut pas vraiment concorder car il avait 27 ans lors de la publication d'Abbey Road) ; le LMW de la plaque voudrait aussi dire Linda McCartney Weeps, soit « Linda McCartney pleure ». Tout ceci serait corroboré par le fait que McCartney est le seul membre du groupe à avoir la jambe droite en avant, les autres avançant la gauche : en effet, certains en concluent qu'il roulait du côté droit de la route lorsqu'il a eu son prétendu accident. Il tient aussi sa cigarette de la main droite alors qu'il est gaucher, d'où la suspicion de la présence d'un sosie sur la couverture. Paul McCartney laisse courir la rumeur : ce côté canular l'enchante. Il fera juste un bref commentaire non sans humour : « Qu'est-ce que j'apprends ? Je suis mort ? Pourquoi suis-je toujours le dernier à être mis au courant de tout ? » Par ailleurs, c'est une promotion gratuite inespérée pour Abbey Road. En 1993, il y fera une allusion humoristique en pastichant la mythique couverture. Sur le même passage piéton, McCartney est accompagné de son chien mais, cette fois, la plaque d'immatriculation de la voiture blanche est « 51 IS », attestant qu'il est bien vivant et qu'il a 51 ans. Son album, une compilation de concerts, s'intitule Paul Is Live, pour marquer le contraste avec « Paul Is Dead ». ||

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