Cinquantième anniversaire de l'album «Abbey Road» des Beatles

26 septembre 2019

Cinquantième anniversaire de l'album «Abbey Road» des Beatles

Cinquantième anniversaire de l'album «Abbey Road» des Beatles

Abbey Road est le onzième album original publié par les Beatles, paru le 26 septembre 1969 au Royaume-Uni, et le 1er octobre aux États-Unis. Il est le premier du catalogue des Fab Four à être enregistré en mode stéréo. Bien que sa sortie précède celle de Let It Be, sorti en mai 1970, c'est le dernier album enregistré par le groupe de Liverpool. Le 20 août 1969, les quatre Beatles sont réunis pour la toute dernière fois en studio pour terminer « I Want You (She’s So Heavy) » et, vers la fin de septembre, au moment où le disque paraît, John Lennon met un terme au groupe en lui annonçant son départ définitif. La séparation des Beatles n'est toutefois officialisée que le 10 avril 1970 par un communiqué de Paul McCartney destiné à promouvoir son premier album solo. À noter que le 8 septembre, moins de trois semaines avant la sortie d'Abbey Road, John Lennon, Paul McCartney et George Harrison se retrouvent autour d'une table et évoquent le projet d’un futur album, dont un single pourrait sortir pour Noël. Cette information révélée en 2019 par Mark Lewisohn, historien mondialement reconnu des Beatles, figure sur un enregistrement audio inédit destiné à Ringo Starr, malade ce jour-là. Après l'échec des sessions du projet Get Back en janvier 1969, Paul McCartney, au nom de tout le groupe, contacte le producteur George Martin pour lui proposer d'enregistrer un album « comme avant ». Après quelques enregistrements effectués entre février et mai 1969, les quatre Beatles se réunissent une dernière fois aux studios EMI de Londres (qui seront renommés plus tard les studios Abbey Road), en juillet et août 1969, pour mettre en boîte une collection de chansons dont la plupart avaient été composées, répétées et/ou enregistrées sous forme de démos à l'époque du White Album et du projet Get Back, toutes retravaillées pour l'occasion. La pochette du disque reste une des plus célèbres de l'histoire de la musique, représentant les Beatles traversant un passage piéton londonien au croisement de Grove End Road et Abbey Road, face aux studios où ils ont enregistré presque toutes leurs chansons depuis 1962. Le cliché immortalisé par le photographe écossais Iain MacMillan fait naître une incroyable rumeur prétendant que Paul McCartney s'était tué dans un accident de voiture en novembre 1966, et qu'il avait été remplacé par un sosie (voir ci-dessous le lien « Histoire »). Cité comme un album particulièrement bien produit et remarquablement construit, un des plus influents aussi, à commencer par sa pochette, Abbey Road est un immense succès commercial, avec 30 millions d'exemplaires vendus dans le monde, soit la deuxième meilleure vente après Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967). Quarante ans après sa sortie, la popularité d'Abbey Road ne se dément pas, puisque c'est cet album qui devance toutes les œuvres du groupe au sommet des hit-parades à travers la planète à l'occasion de la réédition de tout le catalogue remasterisé en septembre 2009. Le classement du magazine Billboard 2017 des meilleures ventes de vinyles aux États-Unis conforte la tendance en plaçant au sommet Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (72.000 exemplaires) et Abbey Road (66.000 exemplaires). Pour célébrer ses 50 ans, le 27 septembre 2019 sort une réédition remixée d’Abbey Road par Giles Martin (fils de Sir George Martin, producteur historique des Beatles disparu en 2016) et de l’ingénieur son Sam Okell, les mêmes qui ont remastérisé et modernisé le son des deux précédentes rééditions (« Sgt. Pepper » et « White Album »).

Abbey Road se distingue avec un medley d'un quart d'heure, présentant huit chansons plus ou moins complètes qui s'enchaînent les unes après les autres, sur sa seconde face. L'album confirme également le talent d'auteur-compositeur du guitariste George Harrison, qui propose « Something » et « Here Comes the Sun », deux de ses plus fameuses compositions avec les Beatles, et popularise l'utilisation du synthétiseur (en l'occurrence un Moog) dans le rock. Ce tout nouvel instrument révolutionnaire avait été utilisé quelques mois plus tôt pour Electronic Sound, deuxième album solo d'Harrison. Cet opus « expérimental » représente surtout un avant-goût d'un usage plus travaillé du Moog sur l'album Abbey Road des Beatles. On l’entend dans quatre morceaux : « Maxwell's Silver Hammer » (McCartney), « Here Comes the Sun » (Harrison), « Because » (Lennon) et « I Want You (She’s So Heavy » (Lennon) avec ces bruits qui ressemblent à du vent. « Come Together, join the party » n’était rien d’autre, à la base, qu’un slogan de campagne de Timothy Leary, candidat au poste de gouverneur de l’État de Californie en 1969 – et par ailleurs fervent partisan des bienfaits thérapeutiques du LSD. John Lennon s’en inspire pour créer « Come Together ». En studio, les paroles évoluent drastiquement et plusieurs phrases sont improvisées en cours de route. C’est là que né le passage here comes old flat-top voici venir un type avec une coupe au carré »). Sauf que cette phrase est aussi présente dans le titre de Chuck Berry, « You Can’t Catch Me ». Ce dernier attaque Lennon en justice pour plagiat. En dédommagement, le fondateur des Beatles doit enregistrer deux chansons de Berry sur un de ses albums solo en 1975. Prévu pour être le dernier morceau du dernier album officiel de la carrière des Beatles, et écrit par Paul McCartney, « The End » trace un étonnant parallèle avec « Love Me Do », le premier titre du groupe enregistré en septembre 1962. C’est le même musicien encore adolescent, auteur de paroles anodines Love, love me do, you know I love you... aime-moi, tu sais que je t’aime »), qui écrit, quelques années plus tard, autour du même mot « amour », ce message de sagesse pour conclure la carrière du groupe qui a révolutionné la musique populaire : And in the end, the love you take is equal to the love you make (traduction ci-après). Il explique : « Je voulais finir le medley avec un couplet significatif, alors j’ai suivi William Shakespeare et j’ai écrit cette phrase. » Dans l’interview donnée au magazine Playboy le 5 décembre 1980, soit trois jours avant son assassinat, John Lennon salue le talent d’auteur de McCartney en disant : « C’est encore Paul... Avec cette phrase, et à la fin, l’amour que tu prends est égal à l’amour que tu fais, c’est une ligne très cosmique. Cela prouve que quand Paul le veut, il est capable de penser ! » Mais la vraie dernière plage du dernier disque des Beatles est un morceau caché par un blanc de 15 secondes sur le sillon du 33 tours. Écrit par Paul McCartney, « Her Majesty » n'a que 23 secondes de durée — et parle d'une manière peu commune de la reine d'Angleterre. Au départ partie intégrante du fameux medley qui clôt l'album, la composition a été rejetée et s'est finalement retrouvée isolée à la fin du mixage final. N'étant pas crédité au dos de la pochette du disque originel, ce titre sera généralement considéré comme la première « chanson cachée » de l'histoire du rock. ||

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