Ginger Baker décédé : hommage de Paul McCartney et Ringo Starr

6 octobre 2019

Ginger Baker décédé : hommage de Paul McCartney et Ringo Starr

Ginger Baker décédé : hommage de Paul McCartney et Ringo Starr

Peter Edward « Ginger » Baker, le légendaire batteur du groupe de rock britannique Cream, est mort au matin du dimanche 6 octobre, a annoncé sa famille. Il était âgé de 80 ans. « Nous sommes très tristes d'annoncer que Ginger est décédé paisiblement à l'hôpital ce matin. Merci à tout le monde pour vos gentils mots ces dernières semaines », est-il écrit dans un message publié sur le compte Twitter du musicien. Ginger Baker est l'un des trois grands batteurs britanniques ayant marqué dans la seconde moitié des années soixante l'histoire du rock, avec Charlie Watts des Rolling Stones et Mitch Mitchell au sein du Jimi Hendrix Experience. Eric Clapton est désormais le seul survivant du trio mythique Cream après la disparition du bassiste Jack Bruce, le 25 octobre 2014. Tout au long de sa vie de globe-trotter, Ginger Baker n'a jamais cessé de jouer, ses percussions sont réputées pour leur style, leur sens du spectacle et l'utilisation de deux tambours à la place du tambour traditionnel. À ses débuts, il a interprété de longs solos de batterie, notamment dans la chanson « Toad » de Cream, l'un des premiers exemples enregistrés dans la musique rock. Baker a été intronisé au Temple de la renommée du rock and roll en tant que membre de Cream (1993), du Temple de la renommée du batteur moderne (2008) et du Temple de la renommée du batteur classique (2016). En 2006, Cream a reçu un Grammy Award pour l'ensemble de son œuvre. Baker a également été nominé pour un Grammy en 1968 en tant que meilleur nouvel artiste. Depuis l’annonce du décès, les messages ont déferlé sur les réseaux sociaux. Les deux ex-Beatles encore vivants ont témoigné leur sympathie : « Ginger Baker était un batteur génial - un mec sauvage et charmant. Nous avons travaillé ensemble sur l’album Band on the Run dans son studio ARC de Lagos, au Nigeria. La nouvelle de sa mort m'attriste, mais les souvenirs sont là pour toujours. », a exprimé Paul McCartney. Quant à Ringo Starr, autre batteur de légende, il a partagé ces quelques mots pour son collègue disparu : « Dieu bénisse GB, incroyable musicien, batteur déchaîné et inventif. Paix et amour à sa famille. »

Né à Lewisham, un quartier du sud-ouest de Londres, le 19 août 1939, il devient orphelin de père à quatre ans, mort sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir failli embrasser une carrière de cycliste, fait ses premières armes dans le milieu d'un jazz britannique qui s'ouvre alors au rhythm'n blues. À ses débuts, il joue dans les Blues Incorporated d'Alexis Korner et Cyril Davies, qui comprend de nombreux musiciens de passage, allant et venant, Charlie Watts, Mick Jagger et Jack Bruce. Il quitte les Blues Incorporated et, en compagnie de Jack, il rejoint les différentes formations de Graham Bond jusqu'en 1966. Puis devenu le leader de ce groupe, il expulse Jack et quitte finalement lui-même le groupe un peu plus tard. Toujours en 1966, celui qu'on va surnommer « le premier batteur superstar du rock » fonde Cream, avec Eric Clapton et Jack Bruce comme bassiste. Le trio sort quatre albums (Fresh Cream en 1966, Disraeli Gears en 1967, Wheels of Fire en 1968, et Goodbye en 1969). En 1968, le groupe se sépare après une tournée d’adieu triomphale, dont un concert historique filmé au Royal Albert Hall (Londres). Cream se reformera en 2005 pour trois nouveaux concerts dans le célèbre Royal Albert Hall. Ginger Baker est avec Clapton, en 1969, au sein du super-groupe Blind Faith comprenant Steve Winwood et Ric Grech. Au début des années 1970, il tourne et enregistre avec un groupe de jazz-rock : Ginger Baker's Air Force. À la tête de cette formation où figure l'organiste Stevie Winwood, il interprète un rock psychédélique aux accents rythm'n blues, avec des incursions dans la folk music, l'inclusion de chants indigènes et de percussions africaines. C'est aussi la rencontre avec Fela Kuti, roi de l'afrobeat, qui donne naissance au disque Live ! en 1971. Il enregistre Stratavarious en 1972 aux côtés de Bobby Tench et Fela Kuti. Après avoir lancé le projet 14 mois auparavant et rencontré de nombreuses difficultés, il ouvre les portes du studio d'enregistrement Batakota (ARC) en janvier 1973, à Lagos au Nigeria, premier studio 16 pistes fondé en Afrique. C'est dans ce cadre que la même année Ginger Baker collabore aux percussions sur le titre « Picasso’s Last Words (Drink To Me) » de Paul McCartney et des Wings pour l'album Band on the Run.

En 1976, il traverse le Sahara avec Keith Gerrard. Ce voyage a duré quatre jours et a été le plan du premier Rallye Paris-Dakar en 1978. Il forme le Baker Gurvitz Army en 1974 et enregistre trois albums, ils se séparent en 1976. En 1980, il rejoint les Hawkwind pour un album et une tournée. En 1985, il enregistre avec Public Image Ltd de John Lydon pour le disque nommé Album. Depuis 1986, Ginger Baker a sorti plusieurs opus de jazz fusion, dont Going Back Home en 1993, avec deux autres musiciens explorateurs, le guitariste Bill Frisell et le contrebassiste Charlie Haden. Il a également tourné avec des groupes de styles variés (jazz, musique classique, rock). Dans ces années 80, il fonde un école de batterie à Milan. En 2012, sort le documentaire Beware of Mr. Baker sur la vie de Ginger Baker, réalisé par Jay Bulger. En février 2013, il vit en Afrique du Sud et annonce souffrir d'une maladie pulmonaire obstructive chronique, causée par des années de tabagisme et de douleurs dorsales chroniques provoquées par l'arthrose. En 2014, paraît son dernier album intitulé Why ? En juin 2016, il subit une opération à cœur ouvert. En mars 2016, il annonce qu'il lui est maintenant fortement déconseillé de donner de nouveaux concerts, à cause de problèmes cardiaques. Il meurt le 6 octobre 2019 dans un hôpital à Londres. Ginger Baker a été marié quatre fois et a eu trois enfants. Il avait déclaré à sa première femme que si elle lui demandait de choisir entre sa batterie et elle, il choisirait la batterie. Au cours de sa longue carrière, pionnier de la percussion entre rock, jazz fusion, world music et collaborations explosives, Ginger Baker fut aussi adulé que redouté en raison de sa personnalité imprévisible, prompte aux accès de violence. Dans ses mémoires, Hellraiser, The Autobiography of The World’s Greatest Drummer (John Blake Publishing, 2009), Baker admettait, entre quelques diatribes contre le monde entier, avoir été son premier ennemi, en raison de son tempérament colérique. À cela s’ajoutent un père loin d’être modèle, un investisseur malchanceux dans des affaires extra-musicales et une vingtaine d’années marquées par son addiction à l’héroïne dont il dira avoir arrêté à « 29 reprises ». Ginger Baker a été, dans les sixties, le plus flamboyant des batteurs de l’histoire du rock, la première superstar de l’instrument d’une musique qui, ironiquement n’était pas la sienne. Musicien d’exception, il avait toujours insisté pour être présenté comme un musicien de jazz, la musique de ses débuts, celle vers laquelle il revenait régulièrement et qui lui aura apporté les plus grandes satisfactions artistiques, avec ses explorations des polyrythmies des musiques africaines. ||

InformationMémorial


Ginger Baker au Cream's Farewell Concert (Royal Albert Hall, Londres, 26 novembre 1968).